Mali : Assimi Goïta affirme avoir repris la main après les attaques

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

La sortie publique d’Assimi Goïta, président de la transition malienne, met fin à plusieurs jours d’un silence qui nourrissait l’inquiétude à Bamako comme dans les capitales partenaires. Depuis les attaques simultanées du 25 avril visant plusieurs localités du pays, le chef de l’État n’avait fait aucune déclaration. Sa première intervention reconnaît la gravité exceptionnelle des évènements, tout en affirmant que l’armée malienne a repris l’initiative sur les zones ciblées par les assaillants.

Une reprise de parole tardive sur une crise sécuritaire majeure

L’absence prolongée du dirigeant a alimenté de nombreuses spéculations sur l’état réel du commandement et la profondeur de la crise. En qualifiant lui-même la séquence d’extrême gravité, le colonel Goïta rompt avec la communication habituelle des autorités de transition, qui privilégient le registre de la fermeté et de la maîtrise. Le choix de ce vocabulaire traduit l’ampleur de l’offensive subie par les Forces armées maliennes (FAMa), confrontées à des assauts coordonnés sur plusieurs fronts.

Les attaques du 25 avril s’inscrivent dans un cycle d’intensification des opérations menées par les groupes armés terroristes actifs au Sahel central. Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à al-Qaïda, a multiplié ces derniers mois les actions de grande ampleur contre des positions militaires et des localités du centre et du nord du Mali. Le mode opératoire privilégie la simultanéité des cibles, conçue pour saturer les capacités de réaction des FAMa et marquer les esprits dans la population.

La junte sous pression interne et régionale

Au pouvoir depuis le double coup d’État de 2020 et 2021, Assimi Goïta a bâti sa légitimité sur la promesse d’un retour à la souveraineté sécuritaire. Le départ de la mission onusienne Minusma fin 2023, puis la rupture consommée avec la France et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), ont laissé les autorités maliennes en première ligne, appuyées par des partenaires russes via les structures héritières du groupe Wagner. Chaque vague d’attaques constitue, dans ce contexte, un test direct de la doctrine sécuritaire choisie par la transition.

La création récente de la Confédération des États du Sahel, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, devait incarner une nouvelle architecture régionale capable de répondre à la menace djihadiste sans tutelle extérieure. Reste que la coordination opérationnelle entre les trois armées demeure embryonnaire, alors que les groupes armés exploitent activement les zones frontalières. La séquence en cours rappelle la difficulté à transformer l’alliance politique des juntes sahéliennes en synergie militaire effective sur le terrain.

Un message politique autant que militaire

En insistant sur la maîtrise de la situation, Assimi Goïta s’adresse simultanément à plusieurs auditoires. À l’opinion malienne, il oppose la résilience des FAMa à la peur que cherchent à instiller les assaillants. Aux partenaires régionaux, il affiche la solidité d’un appareil d’État qui assume les chocs. Aux opposants politiques, contraints au silence depuis la suspension des activités partisanes, il rappelle qu’aucune brèche dans la chaîne de commandement n’est tolérée.

Le président de la transition n’a pas communiqué de bilan chiffré officiel des pertes humaines et matérielles, ni précisé l’identité des assaillants. Cette retenue, fréquente dans la communication des autorités maliennes, contraste avec les revendications publiées par les groupes armés eux-mêmes sur leurs canaux numériques. Elle entretient une asymétrie informationnelle que Bamako peine à corriger, alors que la bataille du récit pèse autant que celle du terrain dans la durée du conflit.

La séquence ouverte le 25 avril intervient à un moment charnière pour la transition, à l’heure où le calendrier électoral demeure flou et où les conditions économiques se durcissent pour la population. La capacité du pouvoir militaire à transformer la maîtrise revendiquée en stabilisation durable conditionnera tant la crédibilité du discours souverainiste que la trajectoire politique des prochains mois. Selon PressAfrik.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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