La Russie en difficulté au Mali face à la pression jihadiste

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

La promesse russe au Mali se fissure. Depuis le retrait des forces françaises de Barkhane et la rupture avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), la junte au pouvoir à Bamako avait misé l’essentiel de sa stratégie sécuritaire sur l’appui de Moscou. Trois ans plus tard, le constat dressé par la presse internationale est sévère : les supplétifs russes ne parviennent ni à enrayer la progression du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ni à sécuriser durablement les axes logistiques vitaux du pays.

Africa Corps fragilisé, Wagner en retrait

La recomposition du dispositif russe au Sahel, amorcée après la mort d’Evguéni Prigojine en 2023, n’a pas produit les effets escomptés. Africa Corps, structure placée sous tutelle directe du ministère russe de la Défense, devait succéder à Wagner avec des moyens supposément renforcés. Sur le terrain, le scénario diffère. Les effectifs déployés restent limités, l’équipement vieillissant et la coordination avec les Forces armées maliennes (FAMa) souffre de carences linguistiques et tactiques persistantes.

Le retrait progressif des opérateurs de Wagner, officialisé courant 2025, a laissé des zones grises dans la chaîne de commandement. Plusieurs garnisons jadis tenues conjointement par les paramilitaires russes et les FAMa ont été repliées vers les centres urbains, abandonnant de fait des pans entiers du territoire au contrôle des groupes armés. Concrètement, les axes reliant Bamako à Gao ou à Tombouctou subissent des embuscades quasi hebdomadaires, et les convois d’hydrocarbures peinent à atteindre les capitales régionales.

Le GSIM impose son tempo au Sahel central

Affilié à Al-Qaïda, le GSIM a profité de cette dilution opérationnelle pour étendre son emprise. La katiba dirigée par Iyad Ag Ghali multiplie les opérations spectaculaires : blocus économiques sur certaines villes, prélèvements quasi fiscaux sur les axes commerciaux, attaques contre les positions militaires isolées. Cette montée en puissance s’accompagne d’une stratégie de communication offensive, destinée à délégitimer publiquement l’efficacité des partenaires russes de Bamako.

Pour les analystes régionaux, l’asymétrie est désormais frappante. Les jihadistes maîtrisent le terrain, le renseignement humain et les codes sociaux locaux, là où les opérateurs russes restent confinés à des bases fortifiées et à des opérations ponctuelles. Le bilan humanitaire s’alourdit en parallèle : les déplacements internes ont franchi un nouveau seuil dans le centre et le nord du pays, tandis que plusieurs ONG signalent une dégradation marquée de l’accès humanitaire.

Bamako face au dilemme du repositionnement

Cette impuissance partielle de Moscou place les autorités de transition maliennes dans une position délicate. Le général Assimi Goïta a construit sa légitimité politique sur la promesse d’une rupture stratégique et d’un rétablissement rapide de la souveraineté territoriale. L’érosion du dispositif russe fragilise ce récit, à un moment où la Confédération des États du Sahel, qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey, cherche à institutionnaliser une force commune dotée de moyens propres.

Plusieurs pistes de diversification sont évoquées dans les chancelleries. La Turquie, déjà présente via la fourniture de drones Bayraktar TB2, pourrait approfondir sa coopération sécuritaire. La Chine, longtemps cantonnée au volet économique, observe avec attention l’affaiblissement du parapluie russe. Quant à certains pays du Golfe, ils explorent discrètement des partenariats de formation et de renseignement, en marge des canaux traditionnels.

Reste que toute réorientation suppose un coût politique pour la junte, qui a fait du partenariat russe l’un des marqueurs identitaires de sa diplomatie. Un revirement trop visible exposerait Bamako à des accusations d’incohérence, dans un environnement régional où le récit souverainiste demeure structurant. Les prochaines semaines diront si les autorités maliennes optent pour un ajustement silencieux du curseur ou pour une reconfiguration plus assumée de leurs alliances militaires. Selon RFI Afrique, le repositionnement est désormais ouvertement à l’ordre du jour.

Pour aller plus loin

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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