Le Palais des Congrès de Nouakchott a accueilli le 20 mai 2026 la première édition du National Énergie Forum (NEF), rendez-vous voulu par les autorités mauritaniennes comme une plateforme structurante de dialogue entre décideurs publics, opérateurs privés et bailleurs. Placée sous la thématique de la souveraineté énergétique et de la valorisation du potentiel extractif, la rencontre a confronté les ambitions affichées par Nouakchott aux contraintes lourdes qui pèsent encore sur la chaîne énergétique nationale. Les échanges ont mis en évidence un paradoxe désormais bien identifié : la Mauritanie cumule les atouts géologiques, mais peine à transformer cette dotation en capacité productive autonome.
Un cadre réglementaire modernisé, des atouts géologiques confirmés
Depuis plusieurs années, Nouakchott a engagé une refonte de son architecture réglementaire afin d’attirer les investisseurs internationaux et de sécuriser les recettes publiques tirées du sous-sol. Cette modernisation couvre aussi bien l’amont pétrolier et gazier que les hydrocarbures non conventionnels, l’hydrogène vert et les énergies renouvelables, sur lesquels le pays mise désormais ouvertement. Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal, demeure la vitrine la plus visible de cette stratégie, mais d’autres blocs offshore et des perspectives dans l’éolien et le solaire viennent compléter le portefeuille.
Les intervenants du forum ont souligné la solidité du cadre fiscal et contractuel mis en place, jugé compétitif à l’échelle ouest-africaine. Les autorités revendiquent une volonté de transparence et de prévisibilité, conditions sine qua non pour drainer des capitaux longs vers des projets dont les cycles dépassent souvent une décennie. Reste que la prolifération des textes n’a pas mécaniquement entraîné l’arrivée des volumes d’investissement escomptés, signe que l’attractivité réglementaire ne suffit pas à elle seule à enclencher une dynamique industrielle.
Infrastructures, financement et capacités humaines : le triple goulet
Le diagnostic posé à Nouakchott pointe trois fragilités structurelles. La première concerne les infrastructures de transport, de stockage et de distribution, encore largement sous-dimensionnées au regard des volumes attendus dans les prochaines années. L’absence de réseaux pleinement intégrés limite la capacité du pays à monétiser ses ressources sur le marché intérieur comme à l’export, et entretient une dépendance aux importations de produits raffinés.
La deuxième faiblesse tient au financement. Les besoins en capitaux sont estimés à plusieurs milliards de dollars sur la décennie, et le secteur bancaire national ne dispose pas de la profondeur nécessaire pour absorber ces tickets. Les bailleurs multilatéraux et les fonds souverains du Golfe sont régulièrement cités comme partenaires potentiels, mais leur engagement reste conditionné à la maturité des projets et à la qualité de la gouvernance sectorielle. Concrètement, plusieurs initiatives présentées comme stratégiques attendent encore leur bouclage financier.
La troisième contrainte, plus diffuse mais tout aussi déterminante, porte sur les capacités humaines et techniques. La Mauritanie manque d’ingénieurs, de géologues et de cadres expérimentés susceptibles de piloter des projets complexes face à des majors internationales. Les programmes de formation lancés ces dernières années commencent à produire leurs effets, mais le déficit demeure marqué dans les métiers à haute valeur ajoutée. Ce point conditionne directement la capacité de l’État à négocier en position d’égal avec les opérateurs étrangers et à exercer un contrôle effectif sur les opérations.
Vers une équation de souveraineté à reconstruire
Pour les participants au NEF, la souveraineté énergétique mauritanienne ne peut se réduire à la propriété nominale des ressources. Elle suppose une maîtrise de la chaîne de valeur, depuis l’exploration jusqu’à la commercialisation, et une articulation cohérente entre la rente extractive et le développement d’un mix électrique national fiable. Le pays affiche des ambitions affirmées dans l’hydrogène vert, secteur où il a déjà signé plusieurs protocoles d’intention avec des industriels européens, mais les projets en sont au stade des études.
L’enjeu, désormais, consiste à séquencer les priorités et à concentrer les moyens sur un nombre limité de projets structurants, plutôt que de disperser l’effort. Les autorités sont attendues sur la traduction opérationnelle des annonces et sur leur capacité à coordonner les ministères techniques, l’autorité de régulation et la compagnie nationale. La trajectoire choisie pèsera lourdement sur la place que tiendra Nouakchott dans la nouvelle géographie énergétique ouest-africaine. Selon Financial Afrik.
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