Les panneaux solaires chinois inondent le marché africain

Workers installing solar panels on a roof for sustainable energy solutions.Photo : Trinh Trần / Pexels

Les panneaux solaires chinois s’imposent désormais comme un produit phare des échanges entre la Chine et l’Afrique. En mars, les livraisons de composants photovoltaïques destinés au continent ont bondi de 176 % sur un an, selon les données reprises par la presse internationale. Cette poussée spectaculaire confirme la place centrale qu’occupe désormais le marché africain dans la stratégie commerciale des fabricants chinois, confrontés à un ralentissement de leurs débouchés traditionnels en Europe et en Amérique du Nord.

Une demande énergétique africaine en forte accélération

La progression fulgurante des importations s’explique d’abord par les besoins criants en électricité d’un continent où environ 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à un réseau fiable. Du Nigeria à l’Afrique du Sud, en passant par le Kenya, l’Égypte ou la Côte d’Ivoire, les gouvernements multiplient les programmes de déploiement solaire pour combler le déficit d’infrastructures et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Le photovoltaïque, modulaire et rapide à installer, s’impose comme la solution la plus pragmatique pour électrifier zones rurales et périurbaines.

Les ménages africains se tournent eux aussi massivement vers les solutions individuelles. Confrontés à des coupures récurrentes et à des tarifs publics parfois prohibitifs, particuliers, commerçants et petites entreprises s’équipent de kits autonomes pour sécuriser leur approvisionnement. Dans plusieurs pays anglophones, la généralisation des systèmes en location-vente, financés par le mobile money, a démocratisé l’accès à des équipements qui restaient inaccessibles il y a encore cinq ans.

La Chine, atelier mondial du solaire à prix cassés

Si la demande africaine est réelle, l’offensive chinoise répond aussi à une logique industrielle interne. Pékin contrôle aujourd’hui plus de 80 % de la chaîne de valeur photovoltaïque mondiale, du polysilicium aux modules finis. Les surcapacités accumulées par les fabricants, conjuguées aux barrières tarifaires américaines et européennes, ont fait chuter les prix à des niveaux historiquement bas. Un panneau solaire chinois s’échange aujourd’hui à moins de dix centimes de dollar par watt, soit deux à trois fois moins qu’il y a trois ans.

Cette compétitivité-prix balaie toute concurrence sur les marchés africains, où la sensibilité au coût est déterminante. Les distributeurs locaux, qu’ils soient sud-africains, marocains ou nigérians, s’approvisionnent presque exclusivement auprès des géants chinois comme Longi, Trina Solar, JinkoSolar ou JA Solar. Les industriels européens, autrefois actifs sur le continent, ont quasiment disparu du segment résidentiel et commercial, ne se maintenant que sur quelques projets utility-scale soutenus par des bailleurs occidentaux.

Un pari stratégique aux revers possibles

La transition énergétique africaine, accélérée par cette offre abondante, soulève toutefois des interrogations stratégiques. La dépendance quasi exclusive à un fournisseur unique expose les pays africains à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement, à des évolutions tarifaires brutales ou à des contraintes géopolitiques. Plusieurs États du continent, parmi lesquels l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc, ambitionnent désormais de développer des capacités locales d’assemblage, voire de production de cellules, pour capter une partie de la valeur ajoutée et sécuriser leurs approvisionnements.

La qualité des équipements importés constitue une autre source de préoccupation. Le marché de gros voit circuler des modules de gammes très inégales, parfois non certifiés, dont la durée de vie réelle reste difficile à évaluer. Les régulateurs nationaux peinent à imposer des standards techniques harmonisés, alors même que les volumes installés explosent. Dans plusieurs capitales, des concertations sont en cours pour renforcer le contrôle douanier et la traçabilité des composants.

Reste que la dynamique enclenchée semble irréversible à court terme. Les projets annoncés, des fermes solaires gigawatts d’Afrique du Nord aux mini-réseaux d’Afrique de l’Est, garantissent aux exportateurs chinois plusieurs années de croissance soutenue. Pour les économies africaines, l’enjeu sera de transformer cette offre bon marché en levier industriel durable, et non en simple dépendance technologique. Selon RFI Afrique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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