Le Botswana et la Namibie scellent un accord pour une raffinerie à 4 milliards

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

L’accord scellé entre le Botswana et la Namibie autour d’un projet de raffinerie de quatre milliards de dollars marque une inflexion notable dans la stratégie énergétique de l’Afrique australe. Les deux États, dépourvus jusqu’ici de capacités de raffinage significatives, mutualisent leurs efforts pour bâtir une infrastructure commune destinée à traiter le brut et à approvisionner leurs marchés intérieurs ainsi que ceux des pays voisins. L’annonce, intervenue fin mai, traduit une volonté politique partagée de capter localement la valeur ajoutée des hydrocarbures et de desserrer la contrainte des importations de carburants en provenance d’Afrique du Sud et du Golfe.

Un partenariat bilatéral pensé pour rééquilibrer la dépendance énergétique

Gaborone et Windhoek partagent un constat ancien : leurs économies importent la quasi-totalité de l’essence, du diesel et du kérosène consommés sur leur territoire, ce qui les expose aux fluctuations des cours mondiaux et aux ruptures logistiques. La raffinerie envisagée doit pallier cette vulnérabilité en assurant un traitement local du brut, avec à la clé une meilleure maîtrise des prix à la pompe et une sécurisation des approvisionnements stratégiques. Le montage bilatéral, encore rare sur le continent à cette échelle, illustre une approche pragmatique : aucun des deux pays, pris isolément, ne dispose du marché intérieur suffisant pour justifier un tel investissement.

L’enveloppe annoncée, de quatre milliards de dollars, place le projet parmi les plus ambitieux du secteur aval en Afrique australe. Elle suppose la mobilisation conjointe de financements publics, de bailleurs multilatéraux et probablement d’investisseurs privés internationaux, à l’heure où les institutions financières occidentales se montrent plus réservées sur les actifs pétroliers. La Namibie, qui a vu se multiplier depuis 2022 les découvertes offshore majeures dans le bassin d’Orange par TotalEnergies et Shell, dispose d’un argument de poids pour convaincre les marchés : la perspective de devenir, à l’horizon de la fin de la décennie, un producteur pétrolier de premier plan en Afrique.

Une réponse à la dépendance vis-à-vis du raffinage sud-africain

L’Afrique australe traverse depuis plusieurs années une crise du raffinage. Les unités sud-africaines, longtemps pivots de l’approvisionnement régional, ont été progressivement mises à l’arrêt ou fonctionnent en sous-capacité, à l’image des sites de Durban et du Cap. Cette contraction a accentué la dépendance de toute la sous-région aux importations de produits finis, faisant grimper la facture énergétique des États enclavés comme le Botswana. La nouvelle raffinerie binationale entend précisément combler ce vide industriel et offrir une alternative crédible à des pays comme la Zambie, le Zimbabwe ou la République démocratique du Congo, dont les besoins en carburants continuent de croître.

Au-delà de la sécurité d’approvisionnement, le projet porte une ambition industrielle. La construction d’une raffinerie de cette envergure suppose le développement d’infrastructures lourdes, d’un réseau de pipelines, de capacités de stockage et de plateformes logistiques. Elle devrait générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects pendant la phase de construction, puis structurer une filière pétrochimique embryonnaire. Pour Windhoek, l’enjeu est aussi de valoriser à terme sa propre production de brut, plutôt que d’exporter exclusivement de la matière première non transformée.

Un signal stratégique pour l’intégration régionale

L’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération économique entre États de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). En choisissant le format bilatéral plutôt que multilatéral, le Botswana et la Namibie privilégient l’efficacité décisionnelle et la rapidité d’exécution, deux écueils récurrents des grands projets continentaux. Le précédent de la raffinerie de Dangote au Nigeria, mise en service à Lagos, démontre que les projets pétroliers d’envergure peuvent aboutir lorsque la gouvernance demeure resserrée et le pilotage politique constant.

Reste à clarifier le calendrier de mise en œuvre, la localisation précise du site, le tour de table financier et le profil des partenaires industriels susceptibles d’apporter la technologie de raffinage. Ces éléments conditionneront la crédibilité opérationnelle d’un projet dont la portée géopolitique dépasse largement le cadre bilatéral. Selon Financial Afrik, l’accord scelle une étape jugée historique par les deux capitales et ouvre une nouvelle séquence pour la souveraineté énergétique de l’Afrique australe.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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