Monnaie électronique en zone UMOA : nouveau seuil fixé par la BCEAO

A close-up shot of a 10 euro banknote placed on a smartphone, highlighting currency and digital technology.Photo : Engin Akyurt / Pexels

La décision de la BCEAO fait passer de 2 à 4 millions de francs CFA, soit environ 6 100 euros, le montant maximal pouvant être détenu sur un compte de monnaie électronique dans la zone UMOA. Ce doublement, applicable aux huit pays de l’union monétaire ouest-africaine, concerne les émetteurs de monnaie électronique agréés : filiales bancaires dédiées, établissements spécialisés et partenariats conclus avec les opérateurs télécoms. Il modifie l’un des paramètres les plus structurants de l’économie du paiement numérique régional.

Une bascule attendue par un marché mobile money arrivé à maturité

Le précédent plafond, hérité d’une période où le mobile money servait essentiellement à de petits transferts de personne à personne, était devenu étroit au regard des usages. Dans la zone UMOA, le mobile money agrège aujourd’hui des dizaines de millions de comptes actifs, selon les données publiées régulièrement par la BCEAO et la GSMA. L’Afrique de l’Ouest francophone figure, avec l’Afrique de l’Est, parmi les sous-régions où la pénétration des portefeuilles électroniques progresse le plus vite, portée par la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso.

Cet essor s’est accompagné d’une diversification des usages. Paiements de factures, règlement de taxes, salaires versés sur portefeuille, achats en ligne, crédits à la consommation adossés à l’historique de transactions : la logique de simple transfert a cédé la place à une véritable infrastructure de paiement. Un plafond de 2 millions FCFA, soit environ 3 050 euros, limitait de fait l’usage de ces comptes par les petits commerçants, les artisans et les TPE qui encaissent plusieurs milliers de francs par jour.

Un équilibre redessiné entre banques, fintechs et opérateurs télécoms

Le relèvement du seuil change la frontière, longtemps étanche, qui séparait le compte bancaire du portefeuille mobile. Avec un encours admissible plus élevé, le wallet devient un substitut crédible au compte de dépôt pour les ménages de la classe moyenne urbaine, pour les commerçants et pour une partie des professions libérales. Les acteurs qui dominent le segment, à commencer par Wave, Orange Money, MTN Mobile Money et Moov Money, voient leur marché potentiel s’étendre vers des usages à plus forte valeur ajoutée, notamment les paiements interentreprises et le règlement de prestations récurrentes.

Pour les banques commerciales, la question se pose en termes de complémentarité autant que de concurrence. Les établissements historiques, qui opèrent souvent eux-mêmes des solutions de paiement mobile ou des partenariats avec les opérateurs, pourront proposer à leurs clients des portefeuilles capables de loger la quasi-totalité de leurs flux courants. Reste que la bataille des commissions, déjà vive depuis l’irruption de l’opérateur sénégalais Wave et sa grille tarifaire agressive, va s’intensifier sur un périmètre élargi.

Un signal réglementaire aligné sur les standards régionaux

La décision de la banque centrale s’inscrit dans une trajectoire d’ouverture progressive du cadre régissant les émetteurs de monnaie électronique dans l’union. L’institution a successivement, depuis l’instruction fondatrice de 2015 relative aux conditions d’exercice des émetteurs de monnaie électronique, assoupli les règles d’agrément, encouragé l’interopérabilité et déployé une plateforme régionale de paiement instantané. Le relèvement de l’encours s’ajoute à ces chantiers et devrait soutenir la bascule des flux encore réalisés en espèces vers des circuits traçables.

La comparaison avec les marchés voisins éclaire la portée du geste. Au Kenya, pionnier mondial du mobile money avec M-Pesa, la Banque centrale a relevé en 2020 le plafond quotidien des transactions à 300 000 shillings, soit environ 2 300 euros, pour faciliter les paiements durant la pandémie. Au Nigeria, l’écosystème des paiements numériques a franchi en 2023 un seuil historique avec plus de 600 milliards de dollars d’opérations traitées via les plateformes de paiement instantané. L’Afrique de l’Ouest francophone, qui a longtemps joué un rôle d’imitateur, se dote avec cette mesure d’un paramètre proche des standards continentaux.

À court terme, l’enjeu pour les régulateurs nationaux et les acteurs du marché portera sur l’articulation entre le nouvel encours autorisé, les plafonds de transactions et les niveaux de connaissance client exigés. L’extension des usages ne prendra tout son sens qu’adossée à des procédures d’identification robustes, condition de la lutte contre le blanchiment et de la confiance des utilisateurs dans un instrument devenu central pour la vie économique régionale.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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