La justice française met en examen HSBC Suisse dans l’affaire Salamé

A breathtaking view of Geneva with Swiss Alps backdrop under a cloudy sky at day.Photo : Toba Oduwaiye / Pexels

La justice française a notifié à HSBC Private Bank Suisse une mise en cause pour blanchiment aggravé dans l’enquête visant les avoirs de Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL). La procédure, conduite par le Parquet national financier (PNF), cible le rôle prêté à l’établissement helvétique dans la circulation de fonds soupçonnés d’être issus de détournements opérés au détriment de l’institut d’émission libanais. L’annonce confirme l’élargissement d’une instruction qui mobilise désormais plusieurs juridictions européennes.

Les magistrats parisiens reprochent à la banque d’avoir hébergé, par l’intermédiaire de comptes domiciliés à Genève, des sommes considérables transférées depuis Beyrouth durant les années où Riad Salamé dirigeait la BDL. Ces flux auraient transité par un réseau de sociétés offshore et de comptes personnels, en partie attribués à l’entourage immédiat de l’ancien banquier central. La mise en examen d’une personne morale d’une telle envergure témoigne de la solidité des éléments réunis par les enquêteurs français.

Une procédure qui ébranle le secret bancaire helvétique

Pour la place financière suisse, le dossier constitue un revers symbolique. HSBC Private Bank, qui avait déjà payé un lourd tribut réputationnel après les révélations SwissLeaks en 2015, se retrouve à nouveau exposée aux soupçons de complaisance dans la gestion d’argent d’origine douteuse. Les autorités fédérales suisses avaient elles-mêmes ouvert plusieurs procédures liées au cas Salamé, gelant des actifs estimés à plusieurs centaines de millions de dollars.

Le choix du PNF d’aller jusqu’à la poursuite formelle d’une banque étrangère témoigne d’une volonté assumée d’élargir le périmètre des responsabilités. Au-delà des personnes physiques mises en cause, c’est désormais l’ingénierie financière elle-même qui se trouve sur la sellette. Les enquêteurs s’intéressent aux dispositifs de conformité, aux procédures de connaissance du client et aux signalements qui auraient dû, selon eux, intervenir bien plus tôt.

Riad Salamé, du sommet de la finance libanaise au box des accusés

Pendant trente ans à la tête de la BDL, Riad Salamé a incarné une forme de stabilité monétaire dans un pays chroniquement instable. L’effondrement financier libanais survenu à partir de 2019, conjugué aux révélations sur la gestion opaque des réserves de l’institut, a brutalement renversé cette image. Plusieurs enquêtes parallèles ont été ouvertes en France, en Allemagne, au Luxembourg, en Belgique et en Suisse, autour d’allégations de détournement portant sur des montants estimés à plus de 300 millions de dollars.

L’ancien gouverneur, qui réfute toute irrégularité, est sous le coup de mandats d’arrêt internationaux émis par Paris et Berlin. Au Liban même, il a été inculpé puis placé en détention en 2024 dans le cadre d’une procédure interne dont l’issue reste suspendue aux tensions politiques. La mise en cause d’HSBC Suisse pourrait peser sur la coopération judiciaire entre Beyrouth et les capitales européennes, dont les marges d’action restent contraintes par la fragilité institutionnelle libanaise.

Un précédent pour les banques exposées aux PEP du Levant

Au-delà du cas individuel, l’affaire envoie un signal aux établissements gérant les avoirs de personnes politiquement exposées originaires du Proche-Orient. La rigueur du dispositif anti-blanchiment français, conjuguée à la coopération désormais effective avec les autorités helvétiques, réduit les espaces de tolérance dont bénéficiaient certaines structures patrimoniales. Les banques privées européennes sont sommées de revoir l’exposition de leurs portefeuilles aux clientèles régionales identifiées comme à risque.

Pour le Liban, l’écho de cette procédure dépasse la seule personne de Riad Salamé. Elle ravive le débat sur la restitution éventuelle de fonds publics détournés, alors que le pays reste en quête d’un programme de soutien du Fonds monétaire international (FMI). Toute saisie définitive prononcée par la justice française pourrait, à terme, alimenter un mécanisme de récupération d’avoirs au profit de l’État libanais. Reste que ce scénario suppose un cadre de coopération judiciaire robuste, qui fait encore largement défaut.

Selon Al Akhbar, la notification adressée à HSBC Private Bank Suisse marque une étape charnière dans l’instruction parisienne et confirme la dimension désormais transnationale du contentieux Salamé.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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