Netanyahu et Kushner conditionnent Gaza au désarmement du Hamas

A woman in Gaza washes clothes amidst the rubble, highlighting resilience and survival.Photo : Hosny salah / Pexels

La rencontre entre Benyamin Netanyahu et Jared Kushner, gendre et ancien conseiller de Donald Trump devenu émissaire officieux du président américain sur le dossier proche-oriental, consacre une ligne dure sur l’avenir de la bande de Gaza. Le désarmement complet du Hamas est posé comme préalable absolu au retrait des forces israéliennes des zones qu’elles contrôlent encore et à l’ouverture d’un chantier de reconstruction chiffré en dizaines de milliards de dollars. Le message, calibré, verrouille par avance toute négociation politique en imposant une condition que le mouvement islamiste palestinien refuse depuis l’ouverture des pourparlers indirects.

Un préalable qui ferme la porte au calendrier de retrait

La formule retenue à l’issue de l’entretien reprend presque mot pour mot l’exigence portée par le cabinet de sécurité israélien depuis le début des discussions parrainées par Washington, Le Caire et Doha. Aucun retrait progressif de Tsahal, aucun redéploiement des lignes actuelles, aucune levée du bouclage économique n’est envisagé tant que les brigades Ezzedine al-Qassam, branche armée du Hamas, conservent leur arsenal. Cette posture heurte frontalement les efforts de médiation menés par l’Égypte et le Qatar, qui plaidaient pour une séquence en plusieurs phases où le désarmement viendrait clore un processus politique plus vaste, et non l’ouvrir.

Pour Jared Kushner, dont le retour dans le dossier illustre la reprise en main personnelle de la diplomatie régionale par l’entourage du président américain, l’objectif affiché reste la stabilisation de long terme du théâtre gazaoui. Concrètement, la Maison-Blanche entend éviter tout scénario où la reconstruction financée par les monarchies du Golfe reviendrait à consolider la présence militaire du Hamas dans l’enclave. La logique s’aligne sur les intérêts stratégiques d’Israël, mais elle prolonge du même coup l’incertitude sur le sort des populations civiles gazaouies, dont les besoins humanitaires ne cessent de s’aggraver.

La reconstruction, levier politique sous surveillance américaine

L’enjeu de la reconstruction dépasse la seule question matérielle. Les capitales arabes du Golfe, sollicitées pour financer l’essentiel du chantier, réclament des garanties politiques claires sur la gouvernance future de l’enclave et sur l’horizon d’un État palestinien. Riyad, Abou Dhabi et Doha n’entendent pas mobiliser leurs fonds souverains pour bâtir des infrastructures que de nouvelles opérations militaires pourraient réduire à néant. Le conditionnement acté entre Netanyahu et Kushner déplace pourtant le point d’équilibre : c’est désormais l’acceptation par le Hamas de sa propre dissolution militaire qui commande le déblocage des financements.

Cette architecture rejoint les grandes lignes du plan en vingt points présenté par Donald Trump à l’automne, texte qui prévoyait déjà une force internationale de stabilisation, une administration civile palestinienne dépourvue du Hamas et un désarmement supervisé. La rencontre avec Kushner suggère que Washington entend fermer les portes de sortie éventuelles et empêcher toute réinterprétation souple du dispositif par les médiateurs régionaux. Pour Netanyahu, contesté sur sa droite par les ministres Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, ce verrouillage constitue également un atout intérieur, à quelques mois d’échéances politiques délicates.

Un Hamas acculé mais toujours en position de blocage

Reste que le mouvement palestinien, affaibli militairement après plus de deux ans de guerre, n’a jamais accepté publiquement l’idée d’un désarmement inconditionnel. Ses dirigeants en exil, principalement à Doha et à Istanbul, plaident pour une intégration de ses combattants à une future force palestinienne unifiée, formule que ni Israël ni les Émirats arabes unis ne jugent recevable. Le risque, pour les médiateurs, est de voir se figer un statu quo où l’armée israélienne maintient son emprise sur des corridors stratégiques, tandis que la population de Gaza demeure privée de toute perspective de reconstruction.

Par ailleurs, la posture américaine relayée par Kushner envoie un signal indirect aux capitales arabes engagées dans les accords d’Abraham. En liant explicitement normalisation, sécurité israélienne et neutralisation du Hamas, Washington teste la solidité des équilibres régionaux à quelques semaines d’une éventuelle relance des discussions entre Riyad et Tel-Aviv. Selon Al Akhbar, l’entretien confirme que la Maison-Blanche entend imposer un séquençage strict avant tout redémarrage diplomatique.

Pour aller plus loin

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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