Génocide des Tutsi : Aurélien Rousseau plaide pour la vérité française

Dynamic street scene in Nyamirambo, Kigali with colorful architecture and vibrant patterns.Photo : Ana Kenk / Pexels

Trente-deux ans après les massacres qui ont coûté la vie à près de 800 000 Tutsi et Hutu modérés entre avril et juillet 1994, la question du rôle de la France au Rwanda demeure une plaie ouverte de la diplomatie française en Afrique. Dans une tribune publiée par Le Monde, le député Aurélien Rousseau, qui préside le groupe d’amitié France-Rwanda à l’Assemblée nationale, exhorte les autorités françaises à embrasser sans détour la vérité historique sur le génocide des Tutsi. Son texte intervient à un moment où les relations bilatérales entre Paris et Kigali, longtemps glaciales, se sont sensiblement réchauffées sans pour autant éteindre les controverses mémorielles.

Une responsabilité française documentée par le rapport Duclert

La position défendue par le parlementaire s’inscrit dans le sillage du rapport remis en mars 2021 par la commission présidée par l’historien Vincent Duclert. Ce document, commandé par Emmanuel Macron, avait conclu à des responsabilités « lourdes et accablantes » de la France, sans toutefois retenir la qualification de complicité de génocide. Le chef de l’État avait ensuite reconnu, lors d’un déplacement à Kigali en mai 2021, que la France portait une part de responsabilité dans l’enchaînement ayant conduit aux massacres.

Aurélien Rousseau s’appuie sur cet acquis pour rappeler que la reconnaissance ne saurait constituer un point final. Selon lui, le travail mémoriel suppose un accompagnement durable, à la fois pédagogique, archivistique et judiciaire. Le député souligne que la vérité due aux rescapés et à leurs descendants ne se négocie pas, et qu’elle constitue le seul socle possible pour une relation apaisée entre les deux pays.

Mémoire, justice et transmission

Au-delà du registre symbolique, plusieurs chantiers concrets restent ouverts. L’ouverture des archives, élargie depuis 2019 puis consolidée par le travail de la commission Duclert, doit encore se traduire par un accès facilité pour les chercheurs et les magistrats. La justice française, par ailleurs, continue d’instruire des dossiers visant d’anciens responsables présumés réfugiés sur le territoire national. Plusieurs procès se sont tenus depuis 2014 devant la cour d’assises de Paris, aboutissant à des condamnations pour génocide et crimes contre l’humanité.

Le parlementaire insiste également sur la dimension éducative. La transmission aux jeunes générations, en France comme au Rwanda, suppose des programmes scolaires actualisés, des ressources documentaires accessibles et un soutien aux initiatives associatives portées par les rescapés. Cette exigence pédagogique vaut aussi pour les institutions militaires et diplomatiques françaises, dont certains responsables de l’époque n’ont jamais publiquement assumé leur rôle.

Un dégel bilatéral encore fragile

Sur le plan diplomatique, les retrouvailles entre Paris et Kigali se sont matérialisées par la nomination d’un ambassadeur de France au Rwanda en 2021, après plusieurs années de vacance, et par une coopération renouvelée dans les domaines économique, culturel et sécuritaire. Le rapprochement s’est notamment illustré par l’engagement rwandais au Mozambique et en Centrafrique, deux théâtres où les intérêts français sont en jeu. TotalEnergies, présent à Cabo Delgado, a d’ailleurs bénéficié indirectement du déploiement militaire rwandais contre l’insurrection djihadiste.

Reste que ce dégel ne saurait masquer la persistance de zones grises. Des voix s’élèvent régulièrement, tant à Kigali que dans la diaspora rwandaise en France, pour réclamer davantage qu’une reconnaissance politique : une qualification juridique précise et la poursuite effective des derniers suspects identifiés. La tribune d’Aurélien Rousseau s’inscrit dans cette ligne d’exigence, en refusant que la diplomatie économique ne vienne diluer l’impératif de vérité.

Pour le député, la France ne saurait se contenter d’avoir entrouvert la porte. La normalisation des relations avec le Rwanda, sous la présidence de Paul Kagame, suppose un engagement continu, à rebours des silences institutionnels qui ont longtemps prévalu. C’est à cette condition, estime-t-il, que les commémorations annuelles cesseront d’être perçues comme un exercice protocolaire pour devenir un acte de lucidité partagée. Selon Le Monde Afrique, le parlementaire entend porter ce message bien au-delà des cérémonies de cette année.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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