Au Liban, la question du désarmement du Hezbollah et de la posture israélienne dans le sud du pays occupe à nouveau le devant de la scène stratégique. Le quotidien beyrouthin Al Akhbar consacre une analyse à ce qu’il décrit comme une ligne ténue séparant désormais l’option militaire d’un retour à la table des négociations. Entre démonstrations de force et signaux diplomatiques discrets, les protagonistes de l’axe Beyrouth-Tel-Aviv-Washington testent leurs marges de manœuvre respectives sans franchir, pour l’heure, le seuil d’une nouvelle confrontation ouverte.
Une équation libanaise sous pression militaire et diplomatique
Près d’un an après le cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, l’armée israélienne maintient une présence sur plusieurs positions du Liban-Sud et poursuit des frappes ciblées. La pression militaire s’accompagne d’une exigence politique claire : le désarmement du parti chiite et le démantèlement de ses capacités au nord du fleuve Litani. Côté libanais, le gouvernement issu de l’élection de Joseph Aoun à la présidence et de la nomination de Nawaf Salam au Sérail tente de tracer une voie médiane, à la croisée des injonctions occidentales et des contraintes internes.
L’analyse publiée par Al Akhbar souligne que la séquence actuelle relève moins d’une logique de guerre totale que d’un rapport de force calibré. Tel-Aviv cherche à imposer un nouveau statu quo sécuritaire sans s’engager dans une offensive terrestre prolongée. De son côté, le Hezbollah, affaibli par la disparition d’une partie de sa chaîne de commandement et par la perte de la profondeur stratégique syrienne après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, conserve néanmoins une capacité de nuisance qui dissuade ses adversaires d’aller au bout de leur logique militaire.
Les limites de la puissance et le poids des intentions
Le journal libanais articule sa lecture autour de deux notions complémentaires : les limites de la puissance et celles des intentions. Aucune des parties, soutient-il, ne dispose à elle seule des moyens d’imposer une issue définitive. Israël peut frapper, occuper temporairement, détruire des infrastructures. Il peine en revanche à transformer ces succès tactiques en gains politiques durables, faute d’interlocuteur libanais prêt à entériner une capitulation formelle. À l’inverse, le Hezbollah a démontré sa résilience militaire mais ne peut plus prétendre dicter, seul, l’agenda national libanais.
Cette asymétrie crée un espace ambigu où la négociation existe, sans être officiellement assumée. Les contacts indirects, encadrés par l’émissaire américain et soutenus par Paris, portent sur la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, la délimitation de la frontière terrestre et le retrait israélien des cinq points encore tenus au sud. Selon l’analyse d’Al Akhbar, ces discussions s’apparentent à une guerre poursuivie par d’autres moyens, chaque camp tentant d’arracher au prix d’une frappe ou d’un communiqué ce qu’il n’obtient pas sur le terrain.
Un Liban sommé d’arbitrer entre souveraineté et arbitrage extérieur
Pour Beyrouth, l’enjeu dépasse la seule question sécuritaire. Le pays sort exsangue d’une crise économique entamée en 2019, avec une livre dévaluée de plus de 95 % et un secteur bancaire à reconstruire. La perspective d’une aide internationale, conditionnée par les bailleurs du Golfe, la France et les institutions de Bretton Woods, dépend largement de la capacité des autorités à reprendre la main sur l’ensemble du territoire et à clarifier la question des armes hors État.
Dans ce contexte, le gouvernement Salam avance prudemment. Il évite l’affrontement frontal avec le Hezbollah tout en multipliant les signaux en direction de Washington et Riyad. L’armée libanaise, dont les effectifs déployés au sud ont été renforcés, devient l’instrument central de cette stratégie de réappropriation graduelle. Reste que sans contreparties israéliennes tangibles, notamment un retrait des positions occupées et l’arrêt des frappes quasi quotidiennes, le pari intérieur de l’exécutif demeure fragile.
Le sort de cette équation se joue désormais sur quelques semaines. Une reprise des hostilités à grande échelle ruinerait les efforts de stabilisation engagés depuis un an. Un accord même partiel offrirait, à l’inverse, une fenêtre pour rouvrir le dossier économique et redéfinir l’architecture sécuritaire du Levant. Entre ces deux trajectoires, la marge est étroite et les acteurs régionaux, de Téhéran à Ankara en passant par Damas, observent attentivement le basculement possible. Selon Al Akhbar, c’est précisément dans cette zone grise, ni guerre ouverte ni paix assumée, que se dessine la prochaine séquence libanaise.
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