Désarmement au Liban : Barrack pilote le dossier, Zeidi sollicite Najaf

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le dossier du désarmement du Hezbollah revient au centre du jeu politique libanais, porté cette fois par une coordination ouverte entre Washington, Bagdad et certains acteurs religieux chiites. Selon les informations publiées à Beyrouth, l’émissaire américain Thomas Barrack s’est imposé comme le pilote opérationnel du dossier, tandis que le député irakien Hussein al-Zeidi tente d’obtenir la bénédiction de la haute autorité religieuse de Najaf, la marja’iyya, pour donner à son initiative une légitimité confessionnelle que ses promoteurs jugent indispensable.

L’enjeu dépasse la seule question militaire. Il s’agit, pour les promoteurs du projet, de fissurer le socle communautaire qui protège l’arsenal du parti chiite libanais, en allant chercher au cœur même de l’autorité religieuse chiite irakienne une caution morale. La démarche illustre la nouvelle géométrie diplomatique régionale, où les leviers d’influence se déplacent vers les espaces transnationaux du chiisme politique.

Thomas Barrack, architecte américain du dossier libanais

Proche historique de Donald Trump, Thomas Barrack a vu son rôle s’élargir depuis sa nomination comme émissaire de Washington pour la Syrie, puis, de fait, pour les dossiers connexes du Levant. Le quotidien beyrouthin présente désormais l’homme d’affaires américain comme le coordinateur principal du volet « désarmement » au Liban, en lien direct avec les autorités libanaises et plusieurs partenaires régionaux. Sa méthode tranche avec celle des précédents médiateurs : moins d’apparat diplomatique, davantage d’interactions discrètes avec les acteurs économiques et politiques.

Cette centralisation autour d’un seul interlocuteur américain répond à une logique d’efficacité voulue par l’administration Trump. Elle traduit aussi la volonté de Washington de tenir le calendrier promis à Israël, qui exige depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 le démantèlement des capacités militaires du Hezbollah au sud du Litani, et au-delà. Pour les responsables libanais, la pression américaine ne laisse plus de place à l’ambiguïté : la question n’est plus de savoir si le sujet sera traité, mais selon quelles modalités et à quelle vitesse.

Le pari irakien : chercher la caution de Najaf

L’initiative de Hussein al-Zeidi, parlementaire chiite irakien, ajoute une dimension religieuse au dispositif. En sollicitant la marja’iyya de Najaf, le député cherche à mobiliser l’autorité spirituelle la plus respectée du chiisme duodécimain, traditionnellement associée à la figure du grand ayatollah Ali al-Sistani. L’enjeu est clair : si Najaf donne, même implicitement, sa bénédiction à un cadre de désarmement, le Hezbollah perdrait une partie de la couverture religieuse dont il se prévaut auprès de sa base.

La démarche n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une rivalité ancienne entre deux pôles du chiisme politique : Najaf, attachée à la doctrine du quiétisme et à la séparation entre clercs et armes, et Qom, qui demeure le foyer de la wilayat al-faqih revendiquée par Téhéran et reprise par le Hezbollah. En allant frapper à la porte de Najaf, les promoteurs du projet de désarmement tentent de rouvrir une ligne de fracture théologique au profit d’un objectif sécuritaire.

Un calendrier politique sous tension

À Beyrouth, le gouvernement de Nawaf Salam et la présidence de Joseph Aoun avancent prudemment. Les autorités libanaises ont publiquement souscrit à l’objectif d’un monopole étatique sur les armes, mais elles redoutent une mise en œuvre brutale qui ferait basculer le pays dans une nouvelle confrontation interne. La formule défendue par Thomas Barrack mêlerait incitations économiques, calendrier progressif et garanties politiques pour la communauté chiite, dans la lignée de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.

Du côté du Hezbollah, le secrétaire général Naïm Qassem a rappelé à plusieurs reprises que la question de l’armement ne saurait être discutée tant qu’Israël maintient ses positions au sud-Liban et poursuit ses frappes. La coordination entre Barrack et Zeidi est dès lors perçue par le parti comme une tentative d’encerclement politique, combinant pression diplomatique américaine et érosion de la légitimité religieuse. Le Caire, Riyad et Amman observent la séquence avec attention, conscients qu’un succès partiel redessinerait l’équilibre des forces au Levant.

Reste que le projet demeure fragile. La marja’iyya de Najaf, fidèle à sa tradition de retenue publique, n’a, à ce stade, validé aucun cadre formel. Et le précédent des accords sécuritaires libanais montre que la mise en œuvre dépend, in fine, des rapports de force sur le terrain. Selon Al Akhbar, la prochaine étape se jouera dans les contacts directs entre l’émissaire américain et les principaux responsables libanais.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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