La décision n’a pas la forme d’un coup de tonnerre, mais sa portée politique dépasse largement le cas personnel. En quittant Pastef – Les Patriotes tout en apportant un soutien explicite au président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, la coordonnatrice du PUMA, Ndeye Marième Samb Touré, inscrit son geste dans une séquence qui travaille, en profondeur, la majorité sénégalaise. L’intéressée dit avoir agi « après mûre réflexion » et plaide pour un Sénégal « véritablement uni et solidaire ». Derrière la formule, un choix de camp dans un attelage de pouvoir dont la cohérence se cherche depuis mars 2024.
Un départ qui dit la ligne de faille Sonko-Diomaye
Depuis l’élection présidentielle qui a porté Bassirou Diomaye Faye au palais de la République avec 54,28 % des voix dès le premier tour, le binôme formé avec le Premier ministre Ousmane Sonko est présenté comme la clé de voûte du projet Pastef. Les mois ont pourtant installé une lecture plus nuancée. Les prises de parole publiques du chef du gouvernement, parfois en décalage avec le ton présidentiel, ont nourri l’hypothèse d’une bicéphalie exécutive à l’équilibre fragile. La démission de Ndeye Marième Samb Touré ne cite personne, mais sa mécanique est limpide : rester au service de l’État, se retirer de la structure partisane, afficher une loyauté exclusivement présidentielle.
Le choix des mots compte. L’évocation de « tensions entre les institutions » et d’un besoin de cohésion plutôt que de confrontation renvoie, pour tout observateur de la scène dakaroise, aux frictions périodiques entre la présidence et la primature, ainsi qu’aux débats internes sur la discipline du groupe parlementaire. En conservant la direction du PUMA, structure logée dans le dispositif gouvernemental consacrée au désenclavement des zones frontalières, l’intéressée ne rompt pas avec l’exécutif : elle rompt avec l’appareil partisan qui le soutient.
Pastef face au risque d’érosion de ses cadres
Le parti fondé par Ousmane Sonko en 2014, dissous par décret en juillet 2023 puis réhabilité après la victoire présidentielle de 2024, n’avait jusqu’ici connu que la trajectoire inverse : celle d’une captation massive de cadres venus d’autres formations. Les législatives anticipées du 17 novembre 2024, remportées avec 130 sièges sur 165, avaient paru verrouiller l’hégémonie du mouvement. Les défections individuelles qui apparaissent aujourd’hui, même modestes en nombre, inversent symboliquement le flux. Elles s’inscrivent dans un schéma connu dans la région : au Bénin après 2016, en Côte d’Ivoire après 2011, les coalitions victorieuses ont souvent commencé à se fissurer dans les dix-huit mois suivant l’alternance, le pouvoir exécutif captant progressivement les loyautés au détriment du parti d’origine.
Le PUMA, créé en 2015 sous la présidence de Macky Sall, a pour mission l’équipement de base de plus de deux cents communes frontalières, de la Casamance aux confins orientaux du pays. Y maintenir une coordonnatrice qui prend ses distances avec Pastef envoie un signal : la logique de gouvernement l’emporte, pour la présidence, sur la discipline partisane. C’est précisément ce qui inquiète l’entourage du Premier ministre, soucieux de préserver la verticalité idéologique qui a fait la force du mouvement dans l’opposition.
Un signal faible aux conséquences politiques réelles
La portée immédiate de ce retrait reste limitée. Ndeye Marième Samb Touré n’incarne pas une tendance organisée, et aucun ralliement collectif n’a été annoncé. Mais le précédent compte. Il ouvre un espace à d’autres responsables tentés par un positionnement « diomayiste » distinct de la ligne Sonko, à l’image des recompositions observées au Burkina Faso après 2015 ou plus récemment au sein de la coalition malienne de transition. Dans un paysage sénégalais où l’opposition républicaine, affaiblie, peine à exister depuis les législatives de novembre, la vraie compétition politique pourrait désormais se jouer à l’intérieur même du bloc présidentiel.
Reste à mesurer la réaction de la direction de Pastef et de la présidence. Le silence des deux camps, à ce stade, en dit déjà long sur la prudence qui entoure le dossier. Les prochains arbitrages budgétaires et les nominations attendues dans les agences publiques diront si cette démission isolée est un signal faible ou le premier indice d’une recomposition à bas bruit du centre de gravité du pouvoir sénégalais.
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