Le contentieux entre la Société nationale de raffinage (Sonara) et le négociant Trafigura pèse désormais 4,26 milliards de FCFA, soit 6,49 millions d’euros, versés au titre d’une cargaison d’essence livrée au Cameroun fin novembre 2025. Le raffineur public estime le produit non conforme aux stipulations contractuelles. Le trader basé à Singapour rejette catégoriquement cette lecture. Après plusieurs séries d’analyses divergentes et deux procédures parallèles, à Limbé et à Londres, la question de fond reste pendante.
L’origine du différend remonte au 6 octobre 2025. Ce jour-là, la Sonara signe avec Trafigura Pte Limited un contrat portant sur 35 000 tonnes de gasoil et 20 000 tonnes d’essence, assorti d’une marge de tolérance de 5 % au bénéfice du vendeur. La livraison du gasoil se déroule sans accroc. C’est la cargaison d’essence, débarquée du MT Seavictory au large du Cap Limboh le 28 novembre 2025, qui déclenche l’engrenage judiciaire.
Analyses contradictoires sur la qualité de l’essence
Dès le lendemain de l’arrivée du navire, des échantillons sont prélevés. Les premiers résultats pointent deux anomalies : l’indice d’octane, paramètre déterminant de la qualité d’un carburant, et la teneur en gommes, ces résidus susceptibles de se former dans le produit. Trafigura conteste et obtient une nouvelle série de prélèvements. La deuxième analyse valide l’indice d’octane mais confirme le problème de gommes. Un troisième contrôle, effectué le 6 décembre, aboutit à un verdict inverse : le produit est déclaré conforme, et Hydrac délivre un certificat de qualité dès le lendemain.
Le dossier ne s’arrête pas là. À la mi-décembre, de nouveaux échantillons sont prélevés à la demande du raffineur camerounais. La Sonara signale une anomalie de couleur et affirme observer la formation de résidus dans le temps. Trafigura réfute. Le 24 décembre 2025, la société publique notifie officiellement le rejet de la cargaison pour non-conformité. Les analyses successives, réalisées à intervalles rapprochés, illustrent la difficulté à trancher techniquement un différend où chaque partie s’appuie sur ses propres expertises.
La lettre de crédit, mécanisme central du litige
Le contentieux se déplace rapidement sur le terrain du paiement. Le 28 novembre 2025, la Sonara avait fait ouvrir une lettre de crédit d’un plafond de 6,49 millions d’euros pour sécuriser une partie de la transaction. Émis par BGFI Bank Cameroun et confirmé par Afreximbank, cet instrument financier engage l’établissement bancaire à régler le vendeur dès que les documents prévus au contrat sont produits en bonne et due forme. Sa vocation : découpler le paiement d’une cargaison internationale des litiges commerciaux ultérieurs.
Le 6 janvier 2026, la Sonara demande à BGFI Bank Cameroun de suspendre l’exécution. La banque accepte de proroger la validité du crédit documentaire mais refuse d’en bloquer unilatéralement le paiement. Le raffineur saisit alors, le 4 février 2026, le Tribunal de première instance de Limbé pour obtenir un gel de la transaction, dans l’attente d’un arbitrage international sur la qualité du produit. Trafigura oppose la clause du contrat désignant le droit anglais et la High Court de Londres comme juridiction compétente. Le 9 avril 2026, Afreximbank verse néanmoins les 6,49 millions d’euros au négociant, en application stricte du mécanisme documentaire.
Londres impose sa compétence, le fond reste ouvert
Le 30 juillet 2026, la High Court de Londres, saisie par Trafigura, enjoint à la Sonara de mettre fin à sa procédure camerounaise. Le juge Michael Green estime que la démarche engagée à Limbé enfreint la clause attributive de juridiction. La décision britannique ne se prononce donc ni sur la conformité de l’essence, ni sur le bien-fondé du rejet opéré par le raffineur. Elle acte uniquement le respect du forum contractuel et du dispositif de paiement convenu entre les parties.
Devant la juridiction londonienne, la Sonara a signalé son intention d’engager une action au fond à Londres pour récupérer les sommes décaissées et obtenir des dommages et intérêts. Trafigura, pour sa part, maintient que la cargaison respectait l’ensemble des spécifications contractuelles. L’affaire intervient dans un contexte sensible pour le raffineur camerounais, dont la réhabilitation industrielle est désormais chiffrée à près de 700 milliards de FCFA. La prochaine séquence judiciaire, attendue devant les juridictions anglaises, devra désormais établir la réalité technique du contentieux. Selon Investir au Cameroun.
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