Liban et Israël tiennent une réunion militaire sous les frappes au Sud

Breathtaking aerial view of a quaint village nestled in lush mountain terrain, showcasing stunning architecture.Photo : Anthony Rahayel / Pexels

La tenue d’une réunion militaire entre le Liban et Israël intervient à un moment de très haute tension, alors que les frappes israéliennes continuent de provoquer des pertes humaines lourdes dans le sud du pays. Selon les informations publiées par la presse libanaise, ce rendez-vous s’inscrit dans le cadre du mécanisme de supervision mis en place après l’accord de cessation des hostilités conclu en novembre 2024, sous l’égide des États-Unis et de la France. La concomitance entre les discussions et les bombardements au sud du Litani illustre la fragilité persistante du dispositif négocié il y a près d’un an.

Un dialogue militaire libano-israélien sous le feu des frappes

Le contraste est frappant. D’un côté, des officiers libanais s’asseyent autour de la même table que leurs homologues israéliens, en présence de représentants américains et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). De l’autre, des localités du Liban-Sud continuent d’être pilonnées, parfois à quelques heures d’écart des séances de travail. Cette dissociation entre la voie diplomatico-militaire et la réalité du terrain alimente, à Beyrouth, un sentiment d’impuissance.

Le mécanisme dit du « comité quinquennal » réunit des représentants des forces armées libanaises, de l’armée israélienne, du commandement américain, de Paris et de la FINUL. Sa mission théorique consiste à examiner les violations de l’accord du 27 novembre 2024 et à désamorcer les incidents avant qu’ils ne dégénèrent. Dans les faits, les autorités libanaises dénoncent depuis plusieurs mois un fonctionnement déséquilibré, où les plaintes israéliennes sont prises en compte avec davantage de diligence que celles du camp libanais.

Le sud du Liban, théâtre persistant de violences

Les frappes israéliennes des derniers jours, qualifiées de massacres par le quotidien Al Akhbar, ont visé plusieurs villages situés à proximité de la frontière. Les victimes sont à la fois civiles et combattantes, dans une zone où la présence du Hezbollah reste structurelle malgré le retrait partiel exigé par l’accord de novembre. Les autorités libanaises rappellent que le texte prévoyait également un repli des forces israéliennes de cinq positions occupées en territoire libanais, repli toujours inachevé.

L’armée libanaise, déployée au sud du Litani conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, se trouve en première ligne d’une équation impossible. Elle est sommée par les Occidentaux de démanteler les infrastructures armées non étatiques, tout en étant régulièrement visée, directement ou indirectement, par les opérations israéliennes. Plusieurs de ses soldats ont été tués depuis le début de l’année, sans que ces incidents ne provoquent de réponse coordonnée du comité de supervision.

Beyrouth, Washington et la pression d’un règlement politique

Le gouvernement libanais, dirigé par Nawaf Salam, et la présidence de Joseph Aoun, ancien chef de l’armée, jouent depuis janvier 2025 une partition diplomatique délicate. Tous deux ont fait du rétablissement du monopole de l’État sur les armes un objectif officiel, sous la pression conjointe de l’administration américaine et des bailleurs du Golfe. Mais cette ligne suppose, en contrepartie, des garanties concrètes sur l’arrêt des frappes et le retrait israélien, garanties qui font défaut.

L’envoyé américain pour le dossier, particulièrement actif ces dernières semaines, pousse à un élargissement du mandat du comité quinquennal vers des sujets de fond, notamment le tracé de la frontière terrestre et le sort des positions contestées. Israël, de son côté, conditionne tout assouplissement à un démantèlement vérifiable des capacités militaires du Hezbollah au nord du Litani, ligne rouge que ni le mouvement chiite ni une partie de l’establishment politique libanais ne sont prêts à franchir.

Reste que la perpétuation des opérations militaires israéliennes pendant les négociations affaiblit politiquement le camp libanais favorable à un compromis. Chaque frappe meurtrière renforce la rhétorique du Hezbollah, qui dénonce l’inutilité d’un mécanisme incapable d’arrêter les bombardements. Le risque, à court terme, est moins celui d’une guerre ouverte que d’un enlisement dans une zone grise où l’État libanais perdrait à la fois en autorité et en crédibilité internationale. Selon Al Akhbar, l’écart entre la table de négociation et le terrain n’a jamais été aussi visible depuis l’entrée en vigueur de la trêve.

Pour aller plus loin

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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