Yaoundé accueille la 9e Journée africaine de l’intelligence économique

A captivating aerial view of the sprawling cityscape of Yaoundé, Cameroon, under a dramatic sky.Photo : K / Pexels

Le Cameroun se positionne comme épicentre africain de l’intelligence économique en abritant la 9e édition de la Journée africaine consacrée à cette discipline. L’événement, articulé autour du « pouvoir de l’information stratégique », a donné naissance à l’appel de Yaoundé, un texte porté par le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE) et soutenu par une coalition d’institutions publiques et privées. Le ministère des Relations extérieures (MINREX), celui de la Communication (MINCOM), le ministère de l’Économie (MINEPAT), celui des Travaux publics (MINTP), l’Agence de promotion des PME (APME), l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM), l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), les Douanes camerounaises ainsi que Boissons du Cameroun figurent parmi les signataires, aux côtés du cabinet IE237.

De la dépendance aux cabinets étrangers à une doctrine camerounaise de veille

Pendant longtemps, les administrations africaines ont fondé leurs arbitrages sur des rapports produits par des consultants extérieurs, parfois éloignés des réalités locales. La démarche du CAVIE entend renverser cette logique en outillant les champions nationaux, ces entreprises qui pèsent entre 20 et 30 % de la croissance des exportations dans l’agro-industrie, l’énergie et les technologies. À Yaoundé, le discours est clair : la veille n’est plus un exercice documentaire périphérique, mais le système nerveux d’une puissance économique en construction.

Pour les décideurs camerounais, le passage d’une culture de la réaction à une posture d’anticipation constitue le défi managérial de la décennie. La présence simultanée d’institutions de formation des élites comme l’ENAM et l’IRIC, et de régies financières comme les Douanes, traduit la volonté d’irriguer toute la chaîne décisionnelle. L’appel exhorte les pouvoirs publics à sanctuariser l’intelligence économique au rang de politique d’État, dotée d’une fonction managériale intégrée plutôt que cantonnée à des cellules isolées.

Diplomatie normative et levier ZLECAf

L’enjeu dépasse les frontières nationales. La diplomatie économique camerounaise, conduite par le MINREX et relayée par le MINCOM, doit puiser dans une information stratégique fraîche pour peser sur les normes internationales. Concrètement, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait accroître les échanges intra-africains de 52 % d’ici 2030, selon les projections relayées lors de l’événement. Encore faut-il que les administrations et l’APME surveillent activement les standards techniques susceptibles d’être détournés en barrières protectionnistes contre les produits du terroir.

Pour les Douanes et le MINEPAT, l’institutionnalisation de la veille promet une meilleure maîtrise des flux transfrontaliers et une optimisation des chaînes de valeur. Reste que cette ambition exige des outils analytiques avancés et une montée en compétence rapide des cadres en poste. L’appel de Yaoundé pose le principe ; les modalités opérationnelles devront suivre.

Contre-intelligence : protéger l’innovation et le récit national

Le volet défensif occupe une place centrale dans l’argumentaire du CAVIE. Le vol de secrets industriels, le débauchage de talents par des multinationales et l’exposition croissante au risque cyber imposent une discipline rigoureuse. Les attaques par rançongiciel visant les systèmes financiers dépassent de 200 % la moyenne mondiale, un chiffre avancé par les experts présents pour justifier l’urgence d’une stratégie de contre-intelligence légale et structurée. Sans ce bouclier, des mois d’innovation peuvent être captés en quelques heures par un concurrent étranger.

Le secteur privé n’échappe pas à cette exigence. Boissons du Cameroun, citée parmi les fleurons industriels associés à la démarche, incarne ce besoin de transformer la veille concurrentielle en levier d’agressivité commerciale. La surveillance porte autant sur les produits que sur les modèles d’affaires, les circuits de distribution et les stratégies de pénétration des marchés émergents. Identifier les signaux faibles d’une rupture technologique avant ses concurrents devient une question de survie.

Dernier front, celui de la bataille du récit. L’appel de Yaoundé invite les institutions et les entreprises citoyennes à promouvoir l’Agenda 2063 de l’Union africaine comme cadre de référence pour tout investisseur étranger opérant au Cameroun. Imposer son propre narratif sur ses infrastructures et ses capacités industrielles devient un acte de souveraineté à part entière, dans un environnement où les guerres hybrides et la désinformation redessinent la perception des marchés. Selon Investir au Cameroun, l’alliance scellée entre le CAVIE et ses partenaires entend consolider durablement la place du pays comme locomotive économique sous-régionale.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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