Côte d’Ivoire : le CEPICI lance le GUDIP pour piloter les investissements

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans la modernisation de sa gouvernance économique. Le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI) a officiellement lancé le Guichet unique de données des investissements privés (GUDIP), une plateforme conçue pour agréger, structurer et exploiter en temps réel les informations relatives aux capitaux engagés sur le territoire national. L’annonce, faite à Abidjan, traduit la volonté des autorités de renforcer la traçabilité des flux et d’objectiver la mesure de l’attractivité du pays. Elle s’inscrit dans une séquence plus large de digitalisation des services publics économiques.

Un outil pour rationaliser le suivi des investissements privés

Le GUDIP se présente comme une infrastructure numérique fédératrice, appelée à devenir la référence pour l’ensemble des acteurs impliqués dans le cycle de vie d’un projet d’investissement. Concrètement, l’outil doit permettre au CEPICI de collecter les données auprès des administrations partenaires, des chambres consulaires et des opérateurs eux-mêmes, puis de les restituer sous forme d’indicateurs exploitables. La fragmentation des sources statistiques a longtemps constitué un angle mort du pilotage économique ivoirien, obligeant analystes et bailleurs à composer avec des séries hétérogènes. En centralisant l’information, le régulateur entend combler ce déficit et offrir aux décideurs une vision consolidée des dynamiques sectorielles.

La démarche vise également à sécuriser le dialogue avec les partenaires techniques et financiers. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement conditionnent une partie de leurs appuis à la qualité du reporting sur les investissements directs étrangers et sur la mobilisation du capital domestique. Un référentiel unique, tenu par une agence gouvernementale, réduit les marges d’interprétation et facilite les revues conjointes. Pour le CEPICI, il s’agit aussi d’un levier de crédibilité vis-à-vis des chancelleries et des fonds souverains qui scrutent la profondeur des réformes.

Une réponse aux exigences de transparence et de compétitivité

Le lancement du GUDIP intervient alors que la Côte d’Ivoire cherche à consolider son positionnement de première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Abidjan a multiplié ces dernières années les guichets uniques, notamment pour la création d’entreprises et les formalités douanières, avec des résultats salués par le classement Doing Business avant son interruption. La nouvelle plateforme prolonge cette logique en s’attaquant à l’aval : non plus la facilitation administrative à l’entrée, mais la mesure de la performance et de la matérialisation effective des projets annoncés. C’est un pas discret mais significatif vers une culture de l’évaluation.

Les enjeux de souveraineté informationnelle affleurent en filigrane. En rapatriant la donnée dans une architecture nationale, le CEPICI limite la dépendance à l’égard des bases privées internationales, souvent onéreuses et parfois imprécises sur les marchés africains. Le dispositif devrait par ailleurs alimenter les travaux du Plan national de développement (PND), dont la mise en œuvre suppose un suivi granulaire des engagements du secteur privé. Reste à garantir la fiabilité des remontées et l’interopérabilité avec les systèmes d’information ministériels, condition sine qua non de la robustesse de l’ensemble.

Les défis d’exécution qui attendent le CEPICI

La réussite du GUDIP dépendra étroitement de l’adhésion des investisseurs eux-mêmes. Sans coopération des entreprises, la plateforme risque de se muer en simple registre déclaratif, incapable de refléter les mouvements réels de capitaux. Le CEPICI devra donc articuler incitations et obligations, tout en préservant la confidentialité des données stratégiques. La question du cadre juridique se posera rapidement, notamment au regard de la loi ivoirienne sur la protection des données personnelles et des standards régionaux portés par la Commission de l’UEMOA.

Par ailleurs, la montée en puissance de l’outil supposera des investissements récurrents dans la cybersécurité et dans la formation des agents. Les plateformes gouvernementales africaines ont souvent souffert d’un cycle vertueux inachevé, faute de maintenance budgétée. À Abidjan, la promesse portée par le GUDIP est celle d’un pilotage fondé sur la preuve chiffrée, capable de nourrir aussi bien les arbitrages internes que la diplomatie économique du pays. Le succès se mesurera à la capacité du CEPICI à publier régulièrement des tableaux de bord fiables et exploitables par la communauté d’affaires. Selon Abidjan.net.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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