La ligne américaine à l’égard du Liban se durcit. Selon des informations relayées par la presse libanaise, le secrétaire d’État américain Marco Rubio aurait fait savoir au président Joseph Aoun qu’aucune garantie politique ou sécuritaire ne serait apportée à Beyrouth tant que la question du désarmement et de la dissolution du Hezbollah ne serait pas tranchée. Cette prise de position, transmise par les canaux diplomatiques, cristallise la doctrine de la nouvelle administration américaine sur le dossier libanais et complique singulièrement la marge de manœuvre du chef de l’État.
Une conditionnalité assumée par Washington
Le message porté par le chef de la diplomatie américaine ne laisse guère place à l’ambiguïté. Aucune garantie ne sera formulée par les États-Unis, qu’il s’agisse de la cessation des frappes israéliennes, du retrait des positions occupées dans le sud ou du déblocage d’un soutien économique substantiel, sans démantèlement préalable de l’appareil militaire du Hezbollah. Cette approche renverse la logique défendue jusqu’ici par la présidence libanaise, qui plaidait pour une désescalade parallèle et un dialogue interne encadré.
Concrètement, Washington subordonne toute avancée diplomatique à un préalable politique lourd : la transformation du parti chiite en formation strictement civile. Une exigence qui, aux yeux de nombreux observateurs à Beyrouth, revient à demander au pouvoir libanais de résoudre en amont ce que l’État peine à trancher depuis près de deux décennies. La question de la « stratégie de défense nationale », rouverte à plusieurs reprises depuis 2006, se trouve ainsi projetée au cœur du calendrier diplomatique.
Joseph Aoun face à une équation intenable
Élu en janvier pour restaurer le fonctionnement des institutions après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun avait promis dans son discours d’investiture la restauration du monopole de l’État sur les armes. L’ancien chef de l’armée s’était toutefois gardé d’inscrire cette ambition dans un calendrier contraignant, misant sur un dialogue prolongé avec le Hezbollah et son allié Amal. Le message américain rebat les cartes en imposant, de fait, une accélération.
La marge du président libanais reste étroite. Toute tentative de dissolution forcée du parti de Dieu, appuyée par les États-Unis, ferait peser un risque immédiat sur la stabilité intérieure. À l’inverse, un enlisement du dossier priverait Beyrouth des leviers financiers et diplomatiques dont il a un besoin vital : soutien du Fonds monétaire international, aide à la reconstruction du sud, garanties sur l’application de la résolution 1701 des Nations unies.
Un signal envoyé à la région
La position exprimée par Marco Rubio dépasse le seul cadre libanais. Elle s’inscrit dans une lecture régionale où l’administration américaine, alignée sur les priorités israéliennes, entend démanteler pièce à pièce l’architecture de l’« axe de la résistance » soutenu par Téhéran. Après l’affaiblissement du Hamas à Gaza et le basculement politique en Syrie, le Hezbollah apparaît comme le maillon suivant d’une séquence pensée à Washington comme un réagencement structurel du Levant.
Cette posture nourrit également les inquiétudes des chancelleries européennes et arabes, qui redoutent qu’une pression excessive ne rouvre le cycle des affrontements armés. Paris, historiquement engagé au Liban, plaide pour une approche graduelle articulée autour du déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et du renforcement de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Riyad, de son côté, conditionne toute reprise de son appui financier à des réformes de gouvernance et à un rééquilibrage confessionnel du pouvoir.
Pour Beyrouth, la fenêtre de négociation se referme. Le Hezbollah, sorti affaibli militairement de la guerre menée par Israël jusqu’à l’automne 2024, refuse néanmoins tout désarmement unilatéral et lie son avenir à la fin de l’occupation des cinq points frontaliers encore tenus par Tsahal. Entre l’exigence américaine, la fermeté israélienne et la résistance du parti chiite, Joseph Aoun devra composer sans filet. Selon Al Akhbar, aucune garantie n’a été offerte à la présidence libanaise à l’issue de cet échange.
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