Sanaa menace de paralyser les ports saoudiens de Yanbu et Djeddah

Aerial shot of a red cargo ship docked at an industrial port with clear blue water.Photo : abdo alshreef / Pexels

La direction politique et militaire installée à Sanaa a franchi un nouveau seuil dans le bras de fer qui l’oppose à la coalition menée par l’Arabie saoudite et à ses alliés occidentaux. Selon des propos rapportés par la presse libanaise, les responsables houthis évoquent désormais ouvertement la possibilité de paralyser deux infrastructures portuaires majeures du royaume saoudien : Yanbu, sur la côte occidentale, et Djeddah, principale porte maritime du pays sur la mer Rouge. Cette menace s’inscrit dans le prolongement de la campagne conduite depuis fin 2023 par le mouvement zaydite contre les intérêts maritimes qu’il associe à Israël et à ses soutiens.

Une menace calibrée sur deux ports stratégiques saoudiens

Yanbu et Djeddah ne sont pas des cibles anodines. Le premier constitue un terminal pétrolier et pétrochimique névralgique, exutoire occidental des hydrocarbures acheminés depuis les champs de l’Est du royaume via le pipeline est-ouest. Le second demeure la plateforme commerciale historique du Hedjaz, essentielle à l’approvisionnement de La Mecque et de Médine ainsi qu’aux flux du pèlerinage. Toute perturbation d’ampleur sur ces deux sites aurait des répercussions immédiates sur les exportations saoudiennes de brut raffiné et sur les chaînes logistiques régionales.

Les responsables de Sanaa affirment agir en réaction à une intention prêtée à la coalition adverse : celle de fermer le détroit de Bab el-Mandeb aux navires liés au Yémen sous contrôle houthi et à ses partenaires. Le message diffusé se veut dissuasif. En désignant nommément deux ports du royaume, la direction militaire houthie signale qu’elle dispose, selon ses propres déclarations, de la capacité de projeter des feux au-delà du théâtre yéménite et du sud de la mer Rouge.

Bab el-Mandeb, verrou logistique et outil politique

Le détroit de Bab el-Mandeb concentre une part significative du commerce maritime mondial, notamment le trafic reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. Depuis novembre 2023, les frappes houthies contre des navires marchands ont contraint plusieurs armateurs à contourner le continent africain par le cap de Bonne-Espérance, avec un renchérissement notable des primes d’assurance et des délais. La menace visant Yanbu et Djeddah étend symboliquement le théâtre d’opérations à la façade saoudienne de la mer Rouge, jusqu’ici relativement préservée depuis la trêve informelle entre Riyad et Sanaa amorcée en 2022.

Pour le royaume saoudien, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de protéger l’intégrité de ses infrastructures énergétiques, déjà éprouvées en 2019 par les frappes contre Abqaiq et Khurais. Il s’agit ensuite de préserver les acquis diplomatiques d’un rapprochement laborieux avec Sanaa, patronné en partie par Oman et facilité par la normalisation sino-iranienne de mars 2023. Une reprise ouverte des hostilités mettrait en péril la feuille de route négociée depuis plusieurs mois.

Un signal adressé à Washington et à Tel-Aviv

Au-delà de Riyad, la déclaration de Sanaa vise clairement d’autres capitales. En liant explicitement ses menaces à la présence supposée d’ennemis dans le détroit, la direction houthie s’adresse aux États-Unis, à la coalition Prosperity Guardian déployée en mer Rouge, ainsi qu’à Israël. Depuis le début de la guerre à Gaza, le mouvement yéménite a fait de la solidarité avec le Hamas un axe structurant de sa communication et de ses opérations, revendiquant tirs de missiles balistiques et de drones vers le port israélien d’Eilat.

Reste à mesurer la portée opérationnelle réelle de cette rhétorique. Les capacités balistiques et navales des forces houthies, largement renforcées par des transferts technologiques attribués à l’Iran, restent débattues par les analystes militaires. Concrètement, une frappe d’ampleur sur Yanbu ou Djeddah supposerait de franchir des défenses antiaériennes saoudiennes densifiées ces dernières années, notamment autour des installations d’Aramco. La menace, à ce stade, relève donc autant de la posture stratégique que d’une annonce d’action imminente.

Les prochaines semaines diront si cette escalade verbale se traduit par une reprise des frappes transfrontalières ou si elle sert de levier de négociation dans les pourparlers indirects entre Sanaa et Riyad. Selon Al Akhbar, la direction houthie entend en tout cas rappeler qu’elle conserve l’initiative sur l’échiquier de la mer Rouge.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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