Le déploiement de forces pakistanaises dans les gouvernorats de Hadramaout et de Chabwa, dans l’est et le sud-est du Yémen, marque une nouvelle étape dans l’imbrication des acteurs étrangers sur le territoire yéménite. Cette présence militaire, rapportée par la presse arabe, s’inscrit dans une dynamique plus large d’externalisation sécuritaire portée par les puissances du Golfe, qui s’appuient depuis plusieurs années sur des partenaires extra-régionaux pour consolider leurs zones d’influence dans la péninsule Arabique.
Hadramaout et Chabwa ne sont pas des théâtres anodins. Les deux provinces concentrent l’essentiel des ressources d’hydrocarbures du Yémen, abritent des terminaux pétroliers stratégiques et donnent accès à un littoral qui s’étire face aux routes maritimes reliant le détroit de Bab el-Mandeb à la mer d’Oman. Le contrôle de ces espaces conditionne, à terme, la viabilité économique de tout règlement politique au Yémen.
Une présence pakistanaise à la jonction des intérêts du Golfe
L’implication de militaires pakistanais au Yémen n’est pas inédite. Islamabad entretient, depuis des décennies, une coopération sécuritaire dense avec Riyad et Abou Dhabi, qui s’est traduite par la formation de cadres, la mise à disposition de personnels et, à intervalles réguliers, par l’envoi de contingents. En 2015, le Parlement pakistanais avait pourtant refusé d’engager officiellement le pays dans la coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite contre les forces d’Ansar Allah. Les déploiements ultérieurs ont donc pris des formes plus discrètes, calibrées pour ne pas froisser l’équilibre politique interne pakistanais.
La présence signalée à Hadramaout et à Chabwa s’inscrit dans cette logique d’arrangements bilatéraux. Elle traduit la persistance d’un partenariat sécuritaire entre Islamabad et les monarchies du Golfe, dans un contexte où ces dernières cherchent à pérenniser leur emprise sur les zones côtières et frontalières du Yémen sans s’exposer à une exposition militaire directe excessive.
Hadramaout et Chabwa, verrous énergétiques et maritimes
Les deux gouvernorats forment un ensemble géographique cohérent. Hadramaout, le plus vaste du Yémen, est doté de gisements pétroliers historiques et du port de Mukalla, longtemps disputé entre forces gouvernementales, factions tribales et groupes armés. Chabwa, voisine, abrite le terminal de Balhaf, conçu à l’origine pour l’exportation de gaz naturel liquéfié et désormais au cœur d’une bataille d’influence opposant la coalition gouvernementale, le Conseil de transition du Sud soutenu par les Émirats arabes unis, et plusieurs réseaux locaux.
Dans cette configuration, l’arrivée de personnels militaires étrangers, fussent-ils des partenaires de longue date, ne peut être perçue comme un simple appoint technique. Elle redessine, en creux, la cartographie des protections offertes aux infrastructures critiques et aux corridors d’approvisionnement. Les autorités yéménites issues du Conseil de direction présidentielle, basé à Aden, n’ont pour l’heure pas livré de communication détaillée sur la nature exacte des missions confiées à ces unités.
Un signal envoyé aux acteurs régionaux
Le moment du déploiement n’est pas neutre. La région est traversée par une succession de tensions : campagnes maritimes en mer Rouge, négociations diplomatiques entre Riyad et Sanaa sous l’égide d’Oman, recompositions politiques entre les Émirats et plusieurs factions du sud yéménite. La présence pakistanaise vient s’ajouter à une mosaïque déjà dense, qui inclut des forces saoudiennes, émiriennes et plusieurs formations locales structurées avec l’appui de capitales étrangères.
Pour Islamabad, l’enjeu est double. Le Pakistan consolide la rente sécuritaire que lui procurent ses partenariats avec le Golfe, à un moment où son économie demeure fragile et tributaire des transferts financiers en provenance de la péninsule Arabique. Dans le même temps, le gouvernement pakistanais doit ménager une opinion publique sensible à toute implication dans des conflits étrangers, ce qui explique le profil bas adopté autour de ces déploiements.
Reste la question de fond : celle de la souveraineté yéménite. La multiplication des présences militaires extérieures, sur fond de fragmentation politique et de captation des ressources, complique toute perspective de réunification institutionnelle. Hadramaout et Chabwa apparaissent comme les laboratoires de cette gouvernance partagée entre acteurs locaux et tutelles étrangères, dont la lisibilité demeure faible pour les populations concernées. Selon Al Akhbar.
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