La campagne d’éliminations ciblées conduite par Israël contre les cadres du Hamas franchit un nouveau seuil. Selon les informations rapportées par le quotidien libanais Al Akhbar, cinq opérations d’assassinat visant des responsables du mouvement palestinien ont été recensées au cours du mois écoulé, dont plusieurs hors des frontières de la bande de Gaza. Cette accélération traduit une stratégie assumée par l’appareil sécuritaire israélien, désormais orienté vers un élargissement méthodique de sa liste de cibles au-delà du théâtre gazaoui.
Une doctrine d’assassinats ciblés étendue à l’étranger
La notion de banque de cibles, familière du vocabulaire militaire israélien, désignait jusqu’ici principalement les objectifs identifiés à l’intérieur de l’enclave palestinienne et en Cisjordanie occupée. La séquence récente indique un basculement vers une géographie plus vaste, incluant des théâtres extérieurs où évoluent les cadres politiques et militaires du Hamas. Cette extension traduit la volonté de Tel-Aviv de priver le mouvement islamiste de ses relais organisationnels et de ses interlocuteurs diplomatiques, quel que soit leur lieu de résidence.
La méthode n’est pas inédite. Les services israéliens, au premier rang desquels le Mossad et l’unité Aman du renseignement militaire, revendiquent une expertise historique en matière d’opérations extraterritoriales. Reste que la fréquence observée depuis un mois, avec cinq tentatives ou éliminations réussies attribuées à Israël, marque une intensification rarement égalée depuis le début des affrontements consécutifs à l’offensive terrestre déclenchée dans la bande de Gaza. La sélection des cibles suggère une hiérarchisation politique autant que militaire, ciblant à la fois des figures opérationnelles et des responsables du bureau politique.
Un signal envoyé aux pays hôtes du Hamas
En portant ses opérations au-delà de Gaza, l’État hébreu adresse un message aux États qui hébergent, tolèrent ou dialoguent avec les représentants du Hamas. Le Qatar, la Turquie, le Liban et, dans une moindre mesure, plusieurs capitales du Golfe accueillent depuis longtemps des cadres du mouvement, notamment à des fins de médiation dans les négociations sur les otages et sur un éventuel cessez-le-feu. La multiplication des frappes extraterritoriales met ces pays devant un dilemme diplomatique : préserver leur rôle d’intermédiaire tout en encaissant l’affront d’opérations conduites sur leur sol ou à leur proximité immédiate.
Pour Doha, dont le rôle de médiateur a été salué par Washington comme par plusieurs capitales européennes, la question de la sécurité des interlocuteurs du Hamas devient un enjeu de crédibilité. Une frappe menée en septembre contre des responsables du mouvement présents dans la capitale qatarie avait déjà provoqué une onde de choc régionale et suscité de vives protestations. La poursuite d’opérations similaires risque de fragiliser durablement les canaux discrets par lesquels transitent les tractations sur les prisonniers et sur l’aide humanitaire.
Une équation stratégique aux effets incertains
Sur le plan militaire, la doctrine israélienne mise sur la désorganisation du commandement adverse par l’élimination systématique de ses cadres. L’histoire des mouvements armés palestiniens et libanais montre toutefois que la disparition d’un chef s’accompagne rarement d’un affaiblissement structurel durable. Le Hamas, à l’image du Hezbollah, a bâti au fil des années un dispositif de succession interne et une organisation en cellules qui absorbent les pertes de haut niveau, quitte à voir émerger des cadres plus radicaux ou moins enclins au compromis politique.
L’élargissement du périmètre géographique des opérations soulève par ailleurs des questions de droit international. Les assassinats ciblés menés hors zone de conflit reconnu s’inscrivent dans une zone grise juridique, régulièrement dénoncée par les rapporteurs onusiens et les organisations de défense des droits humains. Plusieurs chancelleries occidentales, tout en réaffirmant le droit d’Israël à assurer sa sécurité, observent avec inquiétude une pratique susceptible d’être invoquée comme précédent par d’autres puissances régionales.
Pour les capitales arabes, l’équation est délicate. Condamner publiquement les opérations expose à des tensions bilatérales avec Tel-Aviv et Washington. Les ignorer revient à accepter une souveraineté amoindrie sur leur propre territoire. Dans les prochaines semaines, la manière dont Doha, Ankara et Beyrouth réagiront à cette nouvelle phase déterminera en partie la trajectoire des négociations en cours et l’architecture sécuritaire régionale. Selon Al Akhbar, la séquence en cours confirme qu’Israël entend désormais assumer sans réserve la dimension transnationale de sa guerre contre le Hamas.
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