Les banques camerounaises redoutent une multiplication désordonnée des mécanismes financiers visant la diaspora. Réunis le 29 septembre 2026 au siège de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), à Yaoundé, les représentants du secteur bancaire et financier ont plaidé pour la mise en place d’un pôle unique de coordination. Leur contribution s’inscrit dans l’élaboration de la Stratégie nationale de mobilisation de la diaspora camerounaise (SNMDC), pilotée par le ministère des Relations extérieures (MINREX) avec l’appui technique de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’enjeu : éviter la juxtaposition de dispositifs concurrents destinés à capter l’épargne des Camerounais établis à l’étranger.
Dans leur rapport provisoire, les établissements de crédit recensent plusieurs chantiers déjà engagés et pointent le risque d’une architecture éclatée. Diasdev, porté par la Caisse des dépôts et consignations (CDEC), figure en tête de liste, aux côtés d’initiatives naissantes de certaines collectivités territoriales souhaitant adosser leurs projets à la contribution des expatriés. Les banques recommandent une instance unique capable d’articuler les mécanismes plutôt qu’une addition d’outils non coordonnés.
Diasdev et Diaspora Bond : deux chantiers déjà engagés
Côté CDEC, Diasdev constitue le chantier le plus avancé. Le programme accompagne les caisses de dépôts de six pays africains, dont le Cameroun, dans la mobilisation de l’épargne de leurs diasporas au bénéfice du financement de l’économie. Au niveau local, une étude de faisabilité a été menée pour calibrer un produit d’épargne spécifique. Ses conclusions ont été présentées le 7 juillet 2026 à Yaoundé, en présence notamment de l’Agence française de développement et d’Expertise France.
Reste que Diasdev n’est pas encore un produit commercialisé. Les choix opérationnels — gouvernance, gestion des risques, canaux de distribution, degré de digitalisation — restent à trancher. La Société immobilière du Cameroun (SIC) avance en parallèle sur un Diaspora Bond destiné à flécher une partie de l’épargne des Camerounais de l’étranger vers ses programmes immobiliers. Ce projet prolonge le protocole d’accord signé le 19 mai 2026 avec le MINREX. La SIC a par ailleurs engagé des échanges avec la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) sur la structuration de l’obligation.
Les 18 et 19 septembre, les deux initiatives ont été présentées conjointement au forum Ensemble Back Home, à Paris. Rolland Mengueme, directeur financier et comptable de la SIC, y a évoqué une émission imminente, sans que les paramètres définitifs du titre — montant, maturité, rendement, devise, garanties — ne soient encore publiquement arrêtés dans les documents officiels. Cette coexistence donne corps à l’inquiétude bancaire : qui conçoit, qui coordonne, et sous quel cadre institutionnel.
Inscrire les futurs titres dans le cadre réglementaire existant
Le rapport provisoire du secteur financier suggère lui-même d’explorer le recours à des Diaspora Bonds, sans toutefois en préciser l’émetteur, le montant, la maturité ni le calendrier. Cette piste doit être distinguée du projet déjà porté par la SIC : d’un côté, une recommandation en construction ; de l’autre, un dossier obligataire déjà en structuration. Les banques insistent surtout pour que les futurs instruments s’inscrivent dans les procédures et la réglementation en vigueur.
Parmi les freins identifiés à l’investissement de la diaspora figurent les lenteurs administratives, la méconnaissance des procédures locales, l’accès lacunaire à l’information réglementaire et le manque de coordination interinstitutionnelle. La réglementation des changes mérite notamment d’être vulgarisée : pour les investisseurs résidant hors de la Cemac, les transferts de capitaux relèvent du dispositif communautaire applicable aux relations financières avec l’extérieur. Abdel Rahmane Diop, chef de mission de l’OIM au Cameroun, estime que les différents chantiers peuvent s’intégrer dans une architecture plus large, en s’appuyant notamment sur la digitalisation et l’interopérabilité déjà offertes par GIMACPAY au niveau régional.
Confiance, nationalité et calendrier serré
Pour les banques, la question dépasse la seule ingénierie financière. Leur rapport cite la gouvernance, le déficit de confiance et la situation juridique d’une partie des Camerounais de l’étranger parmi les sujets à traiter. L’article 31 de la loi du 11 juin 1968 portant Code de la nationalité prévoit que le Camerounais majeur acquérant volontairement une nationalité étrangère perd la nationalité camerounaise. La définition des bénéficiaires des futurs dispositifs devra donc composer avec cette hétérogénéité statutaire.
Les établissements financiers proposent en outre que l’OIM soit associée au pôle unique qu’ils préconisent, à titre de garant de confiance. Le MINREX conserve toutefois la main sur l’élaboration de la SNMDC. Une version finale de la stratégie et de son plan d’action est attendue en novembre 2026, pour un atelier de validation en janvier 2027. C’est dans cet intervalle resserré que devront être clarifiées les lignes de partage entre le cadre national, Diasdev, le Diaspora Bond de la SIC et les initiatives des collectivités. Selon Investir au Cameroun.
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