Le Sénégal engage 400 milliards de FCFA pour l’accès universel à l’électricité

Serene Algerian landscape with power lines stretching into the distance at sunset.Photo : Mostafa Ft.shots / Pexels

Le Sénégal entend consacrer environ 400 milliards de FCFA au raccordement électrique universel d’ici 2029, selon l’annonce faite le 1er octobre à Dakar par le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf. Lors d’un petit-déjeuner de presse dédié aux réformes du secteur énergétique, le ministre a présenté un plan destiné à combler l’écart résiduel entre les zones déjà desservies et les localités périphériques encore privées de courant. Le taux d’accès national atteint aujourd’hui 86 %, un niveau parmi les plus élevés d’Afrique de l’Ouest, mais qui masque de fortes disparités territoriales.

Un maillage de 6 471 localités à électrifier

Le programme gouvernemental cible précisément 6 471 localités, principalement situées en milieu rural, où l’absence d’infrastructures de distribution freine le développement économique et social. L’ambition dépasse la simple extension du réseau de la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec). Elle suppose un déploiement combinant lignes moyenne tension, postes de transformation et solutions décentralisées, notamment solaires, pour les zones les plus enclavées. Le ministère entend articuler ces chantiers avec les concessions d’électrification rurale déjà confiées à des opérateurs privés sur plusieurs lots du territoire.

Cette approche hybride répond à une réalité économique bien connue des bailleurs : prolonger le réseau national coûte proportionnellement plus cher pour les derniers kilomètres, lorsque la densité de population et la consommation attendue chutent. Les mini-réseaux solaires et les kits individuels constituent dès lors des leviers incontournables pour tenir le calendrier 2029 sans faire exploser la facture par abonné raccordé.

Refonder l’approvisionnement, au-delà du raccordement

Au-delà des 400 milliards de FCFA dédiés à l’extension, Dakar cherche à sécuriser son socle de production et de transport. Le pays a franchi en 2024 un tournant symbolique avec le démarrage des premières extractions de gaz naturel du champ Grand Tortue Ahmeyim, exploité conjointement avec la Mauritanie, et attend un relais industriel du projet gazier de Sangomar. Cette montée en puissance des hydrocarbures nationaux doit, à terme, alimenter des centrales thermiques moins coûteuses que le fioul lourd importé, pivot historique du mix sénégalais.

Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir en 2024, a érigé la souveraineté énergétique en priorité. La réforme en cours vise à rééquilibrer les relations entre l’État actionnaire, la Senelec et les producteurs indépendants, dont certains contrats d’achat d’électricité ont pesé lourdement sur les finances publiques ces dernières années. Les subventions tarifaires versées pour contenir le prix du kilowattheure ont régulièrement dépassé 150 milliards de FCFA par an, grevant la trajectoire budgétaire négociée avec le Fonds monétaire international.

Un pari financier serré pour Dakar

Le bouclage financier du programme reste l’inconnue centrale. L’État sénégalais, confronté à une révision récente de ses comptes publics et à un endettement renchéri, devra combiner concours concessionnels, cofinancements bilatéraux et participation accrue du secteur privé. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement et plusieurs agences européennes figurent parmi les partenaires traditionnels du secteur. Reste à savoir si les véhicules de financement climat, notamment ceux adossés au Partenariat pour une transition énergétique juste, pourront être mobilisés à hauteur des besoins.

Concrètement, atteindre 100 % d’accès en moins de quatre ans supposera un rythme de raccordement supérieur à 1 600 localités par an. Un tel tempo n’a jamais été tenu dans l’histoire du secteur sénégalais. Les délais d’approvisionnement en équipements, l’ingénierie des travaux et la capacité d’absorption des opérateurs locaux constitueront autant de goulots d’étranglement à anticiper. Les prochaines lois de finances donneront la mesure réelle de l’engagement de l’exécutif.

Pour les investisseurs régionaux, l’enjeu dépasse la seule Senelec : la trajectoire sénégalaise servira de référence pour les plans d’accès universel annoncés par plusieurs voisins ouest-africains. Selon Financial Afrik, le ministre Diouf a présenté ces orientations lors de son échange avec la presse le 1er octobre à Dakar.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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