Affaire Kosmos : Abdourahmane Diouf confirme son audition par l’IGE

A large LNG tanker at sea during a serene sunset, depicting maritime industry and seascape beauty.Photo : Edu Raw / Pexels

L’affaire dite des 30 milliards de francs CFA impliquant la major pétrolière américaine Kosmos Energy prend une nouvelle dimension au Sénégal. Le ministre de la Formation professionnelle, Abdourahmane Diouf, a confirmé publiquement avoir été entendu en personne par l’Inspection générale d’État (IGE), l’organe de contrôle supérieur rattaché à la présidence de la République. Cette déclaration, inhabituelle de la part d’un membre du gouvernement en exercice, intervient alors que l’exécutif issu de l’alternance de mars 2024 poursuit la revue systématique des contrats pétroliers et gaziers signés sous l’ère précédente.

Un ministre entendu dans un dossier extractif sensible

En reconnaissant son audition, Abdourahmane Diouf confirme la portée transversale de l’enquête administrative. L’intéressé, également président du parti Awalé, avait occupé par le passé des fonctions dans l’écosystème des hydrocarbures sénégalais, notamment comme porte-parole de Petrosen, la compagnie pétrolière nationale. Ce profil explique l’intérêt des contrôleurs d’État pour son témoignage, dans un dossier où se croisent flux financiers, obligations contractuelles et gouvernance des ressources naturelles.

L’IGE, dont les rapports ne sont habituellement pas rendus publics, dispose de prérogatives étendues pour auditionner agents publics et anciens responsables. Son intervention sur le volet Kosmos s’inscrit dans une séquence plus large de reddition des comptes voulue par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Depuis leur arrivée au pouvoir, les deux têtes de l’exécutif ont fait de la transparence sur les contrats extractifs un marqueur politique central.

Kosmos Energy, acteur-clé du gaz sénégalais

Kosmos Energy opère au Sénégal depuis plus d’une décennie et figure parmi les partenaires de référence du mégaprojet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à cheval sur la frontière maritime avec la Mauritanie. L’américain détient des participations stratégiques aux côtés de BP, Petrosen et de la Société mauritanienne des hydrocarbures. Les premières livraisons de gaz naturel liquéfié issues de GTA sont intervenues en 2025, ouvrant la voie à une nouvelle économie des hydrocarbures en Afrique de l’Ouest.

Le dossier des 30 milliards de francs CFA, soit environ 46 millions d’euros, porte sur des flux financiers dont la nature précise n’a pas été détaillée par les autorités. Plusieurs sources sénégalaises évoquent des paiements liés à des engagements contractuels ou à des cessions de participations. L’exécutif n’a toutefois pas communiqué les conclusions définitives de l’IGE, les procédures restant à ce stade couvertes par le secret administratif.

Une revue des contrats pétroliers aux enjeux politiques

Le gouvernement sénégalais a lancé, dès l’été 2024, un vaste audit des contrats pétroliers, gaziers et miniers conclus sous les mandatures de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade. Cette démarche vise officiellement à restaurer la souveraineté sur les ressources et à vérifier la conformité des accords aux intérêts nationaux. Elle alimente aussi un débat politique vif, les anciens dirigeants et plusieurs cadres de l’ancienne majorité contestant la méthode et les intentions des nouvelles autorités.

Pour Abdourahmane Diouf, l’exercice est délicat. Membre d’un gouvernement qui revendique la rupture, il doit simultanément répondre aux organes de contrôle sur des périodes antérieures à ses fonctions actuelles. Sa prise de parole, assumée, traduit une volonté de couper court aux rumeurs qui circulent depuis plusieurs semaines sur les réseaux et dans la presse dakaroise. Elle témoigne aussi d’une recomposition où la frontière entre contrôleurs et contrôlés devient mouvante, chaque responsable public étant susceptible d’être convoqué pour éclairer un pan de la gestion passée.

Reste à mesurer les suites juridiques éventuelles. L’IGE peut transmettre ses constats au parquet ou à la Cour des comptes, voire à l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Dans un contexte où Dakar entend renégocier certains termes de ses partenariats extractifs, la clarification du dossier Kosmos pèsera sur la lisibilité du climat des affaires pour les investisseurs internationaux. Selon Seneweb.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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