La Chambre des mines de la République démocratique du Congo (RDC) a durci le ton face aux autorités de Kinshasa pour exiger le respect des engagements souscrits dans le volet énergétique du Pacte liant l’État aux grands opérateurs du secteur extractif. L’organisation, qui fédère les principales compagnies actives dans le Lualaba et le Haut-Katanga, chiffre à 1,5 milliard de dollars les montants déjà déboursés par ses membres pour sécuriser l’approvisionnement électrique de leurs sites. Un effort consenti sans que les contreparties attendues de la puissance publique ne soient, à ses yeux, pleinement honorées.
Un investissement privé massif pour pallier le déficit électrique
Le constat est connu des industriels du cuivre et du cobalt congolais : la Société nationale d’électricité (SNEL) peine à fournir une énergie stable et suffisante aux complexes miniers du Sud-Est. Pour maintenir leurs cadences, les opérateurs ont été contraints de financer directement la réhabilitation de centrales hydroélectriques, l’importation d’électricité depuis la Zambie et l’Afrique du Sud, ainsi que la modernisation de lignes de transport haute tension. Ces engagements ont été formalisés dans des conventions tripartites associant les miniers, la SNEL et le gouvernement central.
Les montants cumulés par la filière, évalués à 1,5 milliard de dollars, traduisent l’ampleur du transfert de charge opéré au détriment des industriels. Dans un pays où l’extraction minière représente plus de 70 % des recettes d’exportation, la question énergétique n’est pas accessoire : chaque mégawatt manquant se traduit par des pertes de production sur les chaînes d’hydrométallurgie, particulièrement sensibles aux coupures. Les groupes concernés rappellent qu’ils ont accepté de préfinancer des infrastructures qui relèvent, en principe, de la compétence de l’État et de son opérateur public.
Des engagements publics jugés insuffisamment tenus
La Chambre des mines reproche aux autorités une exécution partielle des contreparties prévues. Celles-ci portent notamment sur la stabilité du cadre tarifaire, la garantie d’allocation prioritaire des capacités financées par les miniers, et le remboursement progressif des avances consenties à la SNEL. Sur ces trois volets, l’organisation estime que les mécanismes convenus n’ont pas produit les effets attendus, exposant les investisseurs à un risque réglementaire croissant.
Cette prise de position intervient dans un contexte tendu entre Kinshasa et le secteur privé minier. Depuis plusieurs mois, le gouvernement multiplie les initiatives visant à accroître la part de valeur captée localement, qu’il s’agisse du traitement obligatoire d’une fraction du minerai sur le territoire national ou du renforcement des obligations sociales et environnementales. Les industriels, confrontés à la volatilité des cours du cobalt et à la pression chinoise sur les prix du cuivre, estiment que la soutenabilité de ces exigences passe d’abord par la fourniture d’intrants fiables, à commencer par l’électricité.
Un enjeu stratégique pour la filière cuivre-cobalt
La RDC a franchi en 2023 le cap des 2,8 millions de tonnes de cuivre produites, s’affirmant comme le deuxième producteur mondial derrière le Chili. Elle demeure, par ailleurs, le premier fournisseur mondial de cobalt, métal clé des batteries lithium-ion. Cette position de force sur deux marchés stratégiques repose entièrement sur la capacité des opérateurs à sécuriser des volumes d’énergie compétitifs, condition sine qua non de l’extension des capacités de raffinage sur le sol congolais.
Pour la Chambre des mines, l’absence de signal clair de la part de l’exécutif pourrait freiner les décisions d’investissement attendues dans les prochains mois, à l’heure où des majors comme Glencore, Ivanhoe Mines ou CMOC arbitrent entre plusieurs géographies pour leurs projets d’expansion. Les acteurs de la filière plaident pour une relance de la gouvernance partagée du secteur électrique, incluant une revue indépendante des engagements croisés et un calendrier contraignant pour leur mise en œuvre.
Reste à savoir si Kinshasa entendra l’appel. Le ministère des Mines, tout comme celui des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, n’ont pas, à ce stade, formellement répondu aux doléances formulées par le patronat minier. Selon Financial Afrik, les discussions entre la Chambre des mines et les autorités doivent se poursuivre dans les prochaines semaines.
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