Iran : Ghalibaf confirme les conditions du mémorandum d’Islamabad

Modern architecture highlighting geometric patterns and design in Tehran, Iran.Photo : AmirAbbas Rahbar Modami / Pexels

Téhéran durcit le ton. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a réaffirmé l’attachement de la République islamique aux conditions fixées dans le mémorandum d’Islamabad, document issu de récentes concertations diplomatiques avec le Pakistan sur le dossier nucléaire et sécuritaire régional. Dans le même temps, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a adressé une mise en garde explicite à Washington, signe d’une nouvelle crispation entre la République islamique et l’administration américaine.

Le mémorandum d’Islamabad, nouvelle ligne rouge iranienne

Selon les déclarations rapportées par la presse libanaise, Mohammad Bagher Ghalibaf a présenté le mémorandum d’Islamabad comme un cadre non négociable pour la poursuite de tout dialogue impliquant Téhéran. Le texte, élaboré dans le prolongement d’échanges irano-pakistanais, fixerait les paramètres jugés acceptables par la République islamique pour toute discussion portant sur son programme nucléaire et sur l’architecture sécuritaire régionale. Le président du Majlis a insisté sur le fait qu’aucune concession unilatérale ne sera consentie en dehors de ce cadre.

Cette position relève d’une stratégie plus large. Depuis la rupture, en 2018, de l’accord de Vienne sur le nucléaire par l’administration Trump, Téhéran cherche à élargir ses marges de manœuvre en multipliant les points d’appui diplomatiques, du Pakistan à la Chine en passant par la Russie. Le mémorandum conclu à Islamabad s’inscrit dans cette logique de contournement d’un format exclusivement occidental. Pour les responsables iraniens, il traduit une volonté de reprendre l’initiative après plusieurs mois de pression maximale.

Araghchi met Washington en garde

Parallèlement, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a durci le discours à l’adresse des États-Unis. Son avertissement, formulé publiquement, signale que la République islamique entend tirer les conséquences de toute escalade, qu’elle soit militaire, financière ou politique. L’intervention du ministre survient alors que les contacts indirects entre Téhéran et Washington, longtemps relayés par des médiateurs omanais ou qataris, n’ont pas débouché sur un cadre stabilisé.

La mise en garde intervient dans un contexte régional déjà saturé. Les tensions persistantes entre Israël et l’axe iranien, la poursuite des frappes réciproques dans la mer Rouge et les attaques contre des infrastructures énergétiques au Levant pèsent sur chaque message venu de Téhéran. Abbas Araghchi, négociateur chevronné et ancien vice-ministre à l’époque de l’accord de 2015, est perçu comme un partisan de la diplomatie, ce qui donne à ses mises en garde un poids particulier auprès des chancelleries occidentales.

Une diplomatie de pression croisée

Les deux prises de parole, celle du président du Parlement et celle du ministre des Affaires étrangères, forment un dispositif cohérent. D’un côté, Ghalibaf consolide la ligne interne en rappelant que l’exécutif iranien ne pourra pas s’écarter des conditions validées par le Parlement et par les cercles conservateurs. De l’autre, Araghchi gère le front externe en signifiant à Washington que la République islamique conserve des options de riposte. Cette répartition des rôles n’est pas inédite, mais elle gagne en netteté à mesure que le dossier nucléaire se re-politise.

Pour les capitales du Golfe, du Levant et du Maghreb, le signal est double. Il confirme d’abord que Téhéran ne reviendra pas aux termes antérieurs à 2018 sans contreparties substantielles, notamment la levée effective de sanctions ciblant son secteur bancaire et pétrolier. Il souligne ensuite la montée en puissance d’Islamabad comme place de négociation parallèle, dans un contexte où le Pakistan cherche à monétiser son positionnement stratégique entre Chine, Golfe et Iran.

Reste la question du calendrier. Les prochaines semaines diront si le mémorandum d’Islamabad est destiné à devenir une véritable base de discussion ou s’il restera un instrument tactique. Les investisseurs exposés aux hydrocarbures du Golfe, les armateurs opérant dans le détroit d’Ormuz et les diplomaties maghrébines concernées par les équilibres régionaux surveilleront de près la réaction américaine. Selon Al Akhbar, les deux responsables iraniens ont choisi de parler au même moment, afin d’adresser un message unique à Washington.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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