Sud syrien : un veto israélien dessine le déploiement de Damas

Children run along a fence in a refugee camp in Idlib, Syria, amidst tents and rugged terrain.Photo : Ahmed akacha / Pexels

Le sud syrien est devenu, ces dernières semaines, l’épicentre d’une recomposition sécuritaire sous surveillance étrangère. Selon des sources proches du dossier, Israël impose à Damas une carte précise des zones où l’armée syrienne peut se déployer et de celles qui lui restent interdites, dans un rayon stratégique couvrant Deraa, Qouneitra et Soueida. Ce veto israélien, formulé par canaux diplomatiques et confirmé par des frappes aériennes ciblées, redéfinit la souveraineté militaire de l’État syrien sur son flanc méridional. L’enjeu dépasse la simple ligne de désengagement de 1974 : il touche à la capacité du nouveau pouvoir à Damas d’exercer un contrôle effectif sur un tiers de son territoire.

Une géographie militaire sous conditions

Les contours de ce veto israélien se lisent désormais à la carte. L’armée syrienne conserve une marge de manœuvre dans certains secteurs intérieurs des gouvernorats du sud, notamment autour des grands axes urbains et des positions héritées de l’ancienne armée régulière. En revanche, toute la bande frontalière avec le Golan occupé, ainsi que des pans entiers du gouvernorat de Qouneitra, lui sont de facto fermés. Soueida, à majorité druze, obéit à une logique particulière : Tel-Aviv s’y pose en protecteur revendiqué de la communauté, limitant l’entrée des forces de sécurité de Damas à des missions ponctuelles et négociées.

Cette ségrégation territoriale ne relève pas d’un accord écrit mais d’un ensemble de signaux militaires. Depuis la chute du régime précédent, l’aviation israélienne a multiplié les frappes contre des dépôts d’armes, des radars et des positions avancées, dessinant par la force une zone-tampon élargie bien au-delà du Golan. Chaque mouvement d’unités syriennes vers le sud est scruté, parfois précédé d’avertissements transmis par intermédiaires, parfois sanctionné en quelques heures. Le message est constant : aucune présence militaire lourde ne sera tolérée face aux hauteurs occupées.

Deraa et Qouneitra, laboratoires d’un ordre négocié

À Deraa, berceau du soulèvement de 2011, le nouveau pouvoir cherche à reconstruire un maillage sécuritaire sans heurter la susceptibilité israélienne. Les forces affiliées à Damas y mènent surtout des opérations de police, ciblant les cellules jihadistes résiduelles et les réseaux de contrebande, tout en évitant les concentrations de blindés. Les anciens commandants locaux, issus des factions de l’opposition réintégrées, servent d’interface entre la capitale et des populations échaudées par une décennie de guerre. Ce compromis fragile permet un semblant de retour de l’État, mais consacre une souveraineté partagée avec les notabilités tribales.

Qouneitra illustre une situation plus extrême. Le gouvernorat jouxte directement les positions israéliennes, et plusieurs villages ont vu entrer, depuis décembre, des patrouilles de l’armée israélienne au-delà de la ligne Alpha. Des points de passage improvisés ont été ouverts, des contacts établis avec des cheikhs locaux, et une forme d’administration parallèle s’esquisse. Pour Damas, reprendre pied dans ces localités relève du casse-tête politique : toute initiative visible y est aussitôt lue comme une provocation susceptible d’entraîner une riposte aérienne.

Soueida, carte druze et levier régional

Le cas de Soueida cristallise la dimension communautaire du dossier. Tel-Aviv a publiquement affirmé sa volonté de protéger les Druzes syriens, s’appuyant sur les liens avec la minorité druze d’Israël et des hauteurs du Golan. Cette posture limite les options militaires de Damas, qui doit composer avec des factions locales armées, structurées autour d’anciennes figures religieuses et de milices d’autodéfense formées pendant la guerre. Les tentatives d’intégration de ces groupes dans l’appareil sécuritaire national progressent lentement, chaque pas étant conditionné à l’absence de réaction hostile de l’extérieur.

Pour les capitales régionales, cette architecture improvisée pose une question stratégique de fond. Elle acte une forme de tutelle sécuritaire israélienne sur le sud syrien, comparable, dans ses mécanismes, à ce que fut la zone de sécurité au Liban-Sud jusqu’en 2000. Elle place aussi le nouveau pouvoir à Damas devant un dilemme durable : accepter cette amputation fonctionnelle de sa souveraineté pour éviter l’escalade, ou tenter d’y mettre fin au prix d’une confrontation ouverte avec Tel-Aviv. Les prochains mois diront si cette ligne de partage se fige en statu quo ou se renégocie sous la pression d’acteurs régionaux. Selon Al Akhbar.

Pour aller plus loin

Iran : Ghalibaf confirme les conditions du mémorandum d’Islamabad · Netanyahou qualifie le Royaume-Uni d’« État voyou » et vise Londres · Syrie : nouvelles incursions israéliennes à Deraa et Qouneitra

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Sud syrien : un veto israélien dessine le déploiement de Damas"

Laisser un commentaire