Liban : Beyrouth engage la fin du monopole sur les médicaments anticancéreux

Pharmacist with turban organizing shelves in a pharmacy, focused on healthcare.Photo : World Sikh Organization of Canada / Pexels

Les autorités libanaises ont voulu couper court à la polémique sur la qualité des traitements anticancéreux distribués dans le pays. Selon les responsables sanitaires, aucun médicament contre le cancer actuellement commercialisé au Liban ne relève de la contrefaçon, contrairement aux rumeurs qui ont alimenté l’inquiétude des patients et des familles ces dernières semaines. Le ministère de la Santé publique entend néanmoins profiter de cette séquence pour ouvrir un dossier plus vaste et autrement sensible, celui des monopoles d’importation qui structurent le marché pharmaceutique libanais depuis des décennies.

Un marché pharmaceutique verrouillé par quelques agents exclusifs

Le secteur du médicament au Liban repose historiquement sur un système d’agents exclusifs, où un nombre restreint d’importateurs détient la représentation des grands laboratoires internationaux. Ce modèle, longtemps toléré, est désigné par le ministère comme l’un des principaux responsables de la cherté des traitements et des ruptures d’approvisionnement observées depuis l’effondrement financier de 2019. Les molécules oncologiques, parmi les plus onéreuses de la pharmacopée mondiale, en constituent le symbole le plus douloureux.

La crise monétaire a amplifié la dépendance aux subventions publiques et accentué la vulnérabilité des malades. Entre dévaluation de la livre, raréfaction des devises et désengagement partiel de la Banque du Liban, les traitements anticancéreux ont tour à tour disparu des rayons, été rationnés ou vendus à des prix prohibitifs sur un marché parallèle. La question de la contrefaçon s’est greffée sur cette défiance généralisée, poussant certaines familles à importer elles-mêmes des médicaments depuis la Turquie, l’Égypte ou l’Europe.

Beyrouth veut rouvrir le marché à la concurrence

Face à cette situation, le ministère de la Santé publique privilégie désormais une approche structurelle. L’objectif affiché est de briser l’exclusivité commerciale qui lie certains importateurs à des laboratoires étrangers, en autorisant l’entrée de molécules équivalentes par d’autres canaux, notamment des génériques homologués ou des circuits d’importation parallèle. Cette orientation s’inscrit dans une volonté plus large de restaurer la crédibilité de la régulation sanitaire, après plusieurs scandales qui ont entaché la confiance du public.

Les autorités insistent sur un point : les contrôles menés sur les lots d’anticancéreux disponibles dans les hôpitaux et les pharmacies n’ont pas mis en évidence de falsification. Les analyses conduites par les laboratoires officiels confirment la conformité des produits distribués par les circuits agréés. Reste que la perception d’un marché opaque persiste, nourrie par l’absence d’un registre public et consolidé des importations pharmaceutiques, revendication récurrente des associations de patients.

Un enjeu de santé publique et de souveraineté sanitaire

Le dossier dépasse la seule question tarifaire. Il engage la souveraineté sanitaire d’un pays où plus de 11 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année, selon les estimations du registre national. La capacité à garantir un accès continu, abordable et sécurisé aux protocoles de chimiothérapie et aux thérapies ciblées conditionne la survie de milliers de patients et la crédibilité d’un système hospitalier déjà fragilisé par l’exode des professionnels de santé.

La bataille annoncée contre les monopoles s’annonce difficile. Les agents exclusifs disposent de solides relais politiques et économiques, et toute remise en cause de leur position se heurte à un cadre juridique favorable aux concessions commerciales exclusives. Plusieurs tentatives antérieures de libéralisation ont échoué faute de volonté politique soutenue. L’exécutif actuel semble vouloir inscrire ce chantier dans un ensemble plus large de réformes exigées par les bailleurs internationaux, dont le Fonds monétaire international, pour débloquer un soutien financier conditionné à la transparence des marchés publics et à la lutte contre les rentes.

Les prochains mois diront si cette offensive se traduira par des mesures contraignantes ou restera cantonnée au registre déclaratif. Les associations de malades, elles, réclament des engagements chiffrés sur la baisse des prix et la disponibilité des molécules essentielles. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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