L’Afrique lance à Maurice son agence panafricaine de notation

Captivating view of a vibrant hillside town in Grenada, featuring colorful buildings and a calm harbor.Photo : G.isle px. / Pexels

L’Afrique dispose désormais de sa propre agence de notation financière, officiellement installée à Maurice. Portée par l’Union africaine (UA) et soutenue par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), l’initiative répond à une revendication ancienne des gouvernements du continent, qui dénoncent depuis plus d’une décennie une évaluation jugée défavorable de leur risque souverain par les grandes agences internationales. Le choix de Port-Louis comme siège obéit à la fois à la stabilité institutionnelle de l’île et à son positionnement de place financière offshore reconnue.

Une réponse politique à l’oligopole Moody’s, S&P et Fitch

Depuis des années, les dirigeants africains contestent la méthodologie des trois agences anglo-saxonnes de référence, Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch, qui concentrent l’essentiel des notations souveraines mondiales. Les critiques portent sur l’opacité de certains critères qualitatifs, sur la prise en compte insuffisante des réalités économiques locales et sur l’effet procyclique des dégradations, qui renchérissent mécaniquement le coût de la dette des États notés. Plusieurs études commandées par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) ont chiffré à plusieurs milliards de dollars par an le surcoût payé par les emprunteurs africains sur les marchés internationaux de capitaux.

Le projet d’agence continentale a été formellement adopté par les chefs d’État lors des sommets de l’UA tenus ces dernières années, avec une accélération notable depuis que les besoins de financement des États africains ont bondi sous l’effet conjugué de la pandémie, de la flambée des taux et des tensions géopolitiques. L’enjeu est donc autant économique que diplomatique : doter le continent d’une voix autonome dans l’évaluation de sa solvabilité.

Un outil de souveraineté financière basé à Port-Louis

L’installation à Maurice n’est pas anodine. L’île se classe régulièrement en tête des indices africains de gouvernance et de climat des affaires, et abrite déjà une industrie financière structurée autour de son centre offshore. Les autorités mauriciennes y voient une consécration de leur stratégie de hub régional, à l’heure où leur place est régulièrement scrutée pour sa transparence fiscale. Pour les promoteurs du projet, cette localisation offre un cadre réglementaire éprouvé et une neutralité politique bienvenue entre les différents blocs régionaux africains.

La nouvelle agence devra toutefois convaincre les investisseurs internationaux de la robustesse de ses méthodologies. Sa crédibilité se jouera sur plusieurs terrains : indépendance opérationnelle vis-à-vis des États actionnaires, qualité des équipes d’analystes recrutées, transparence des grilles d’évaluation et capacité à publier des notations contradictoires sans céder aux pressions politiques. Les précédents de notation régionale, notamment en Asie, montrent qu’il faut en général plusieurs cycles de marché pour qu’un acteur nouveau soit intégré aux mandats des grands fonds obligataires mondiaux.

Un impact attendu sur le coût de la dette africaine

Pour les ministères des Finances du continent, l’ambition affichée est claire : réduire la prime de risque payée par les émetteurs souverains africains sur les eurobonds et sur les marchés domestiques en devises. Un rééquilibrage des notations, s’il se matérialise, pourrait libérer des marges budgétaires significatives pour les infrastructures, la santé et l’éducation. Les banques multilatérales de développement, Banque africaine de développement (BAD) en tête, suivent de près le dispositif, qui pourrait aussi faciliter l’émergence d’un marché continental de la dette en monnaies locales.

Reste la question de l’articulation avec les agences existantes. L’agence panafricaine ne vise pas à se substituer aux acteurs établis mais à offrir une seconde lecture, susceptible d’influencer les comités d’investissement. Son modèle économique, encore en cours de finalisation, devra conjuguer financement public initial et émergence progressive de revenus commerciaux issus de la notation d’entreprises, de collectivités et d’émetteurs structurés. La feuille de route prévoit une montée en puissance par paliers, avec des premières notations attendues dans les prochains mois.

Selon Seneweb, cette agence constitue l’une des réalisations institutionnelles les plus concrètes de l’Union africaine en matière de souveraineté financière depuis le lancement de la Zone de libre-échange continentale.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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