Oryx Energies passe sous contrôle de Moussa Diao et Hervé Bouvet

A vibrant gas station in Marrakesh, Morocco, lit up at night with red neon lights.Photo : XT7 Core / Pexels

L’information, révélée le 12 octobre 2026, marque un tournant pour le marché africain du downstream pétrolier. Moussa Diao et Hervé Bouvet reprennent Oryx Energies, l’un des plus anciens distributeurs indépendants de produits raffinés présents sur le continent. L’opération, dont les termes financiers n’ont pas été rendus publics, consacre la montée en puissance d’investisseurs ouest-africains sur un segment longtemps dominé par les majors internationales et par les traders helvétiques.

Une transition capitalistique vers l’Afrique de l’Ouest

Oryx Energies, dont le siège opérationnel est historiquement situé à Genève, s’est construite depuis les années 1990 comme une alternative africaine aux filiales de Total, Shell ou BP. Présente dans une vingtaine de pays du continent, la société opère dans la distribution de carburants, le gaz de pétrole liquéfié (GPL), les lubrifiants et le soutage maritime. Son réseau de stations-service, ses dépôts côtiers et ses terminaux gaziers en font un maillon stratégique de l’approvisionnement énergétique de plusieurs économies, du Sénégal à la Tanzanie en passant par la Côte d’Ivoire et le Cameroun.

Le changement d’actionnariat intervient dans un cycle de recomposition profonde du secteur. Depuis le retrait progressif de certaines majors occidentales de marchés africains jugés matures ou peu rentables, les repreneurs se recrutent de plus en plus parmi des groupes régionaux. Vivo Energy, détenue par Vitol, a racheté le réseau Engen sur une quinzaine de pays en 2023. Rubis a renforcé ses positions à Madagascar et au Kenya. La reprise d’Oryx Energies par un tandem associant un entrepreneur sénégalais à un dirigeant issu du secteur s’inscrit dans ce mouvement de régionalisation du capital.

Moussa Diao, nouveau visage du capitalisme pétrolier sénégalais

Au Sénégal, le nom de Diao est étroitement associé à l’industrie des hydrocarbures. La figure de Baba Diao, fondateur du groupe Itoc, a incarné pendant trois décennies l’émergence d’un acteur privé national capable de rivaliser avec les filiales des majors sur la distribution et le soutage. L’entrée de Moussa Diao au capital d’un groupe de la taille d’Oryx Energies, dont le périmètre dépasse largement les frontières sénégalaises, prolonge cette trajectoire à l’échelle continentale. Elle témoigne aussi d’une génération d’investisseurs ouest-africains désormais capable de boucler des opérations transfrontalières d’envergure sur des actifs industriels.

La présence d’Hervé Bouvet aux côtés de l’investisseur sénégalais apporte une continuité opérationnelle. Les reprises d’actifs pétroliers aval exigent une connaissance fine des circuits logistiques, des réglementations douanières et des mécanismes de couverture sur les marchés internationaux de produits raffinés. Associer un partenaire issu du métier à un actionnaire disposant d’un ancrage régional constitue, pour les analystes du secteur, une structure classique dans ce type de transaction.

Un marché africain du carburant en mutation accélérée

La reprise intervient à un moment charnière pour le downstream africain. La mise en service progressive de la raffinerie de Dangote au Nigeria, d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour, redistribue les flux d’approvisionnement en essence et en gazole dans tout le golfe de Guinée. Les importateurs ouest-africains, longtemps dépendants des cargaisons européennes acheminées depuis Rotterdam ou Anvers, voient émerger une alternative régionale qui modifie les équilibres de prix et les stratégies de stockage.

Dans le même temps, la demande de GPL progresse à un rythme à deux chiffres dans plusieurs pays, portée par les politiques publiques de substitution au charbon de bois et par l’urbanisation. Oryx Energies, qui exploite notamment des terminaux gaziers à Dakar et à Dar es Salam, dispose dans ce segment d’un actif difficilement réplicable. Pour les repreneurs, la bataille se jouera sur la capacité à financer les investissements d’extension sans alourdir une structure de bilan déjà exposée à la volatilité des cours.

Reste la question du calendrier réglementaire. Une opération portant sur un distributeur présent dans plus de quinze juridictions suppose l’aval de plusieurs autorités de concurrence, dont la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et les régulateurs nationaux concernés. Le closing effectif de la transaction, et la communication officielle qui l’accompagnera, préciseront les contours exacts d’une opération appelée à redessiner la carte du capital pétrolier africain.

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About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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