Le fonds souverain norvégien se retire du capital des banques israéliennes

An empty parliamentary meeting room with wooden seating and vibrant orange walls in Oslo, Norway.Photo : Jess Chen / Pexels

Le fonds souverain norvégien, géré par Norges Bank Investment Management (NBIM) pour le compte du ministère des Finances, retire ses investissements de banques israéliennes. L’information, relayée par le quotidien libanais arabophone Al Akhbar, intervient alors que la guerre à Gaza entre dans une phase prolongée et que les critères éthiques appliqués au portefeuille d’Oslo font l’objet d’un examen de plus en plus serré.

Avec un encours proche de 1 700 milliards de dollars fin 2023, le Government Pension Fund Global est le plus gros investisseur institutionnel de la planète. Il détient en moyenne 1,5 % de chaque société cotée dans le monde. Lorsqu’il bouge, les salles de marché prennent note : son retrait d’un secteur bancaire national envoie un signal autrement plus lourd qu’une pétition d’ONG ou qu’une décision individuelle de gérant d’actifs.

Un fonds souverain norvégien devenu arbitre éthique mondial

Depuis la création de son Conseil d’éthique en 2004, le fonds a bâti une doctrine d’exclusion qui fait référence. Fabricants d’armes nucléaires, de mines antipersonnel, d’armes à sous-munitions, producteurs de tabac, exploitants de charbon au-delà de certains seuils : la liste noire s’est étoffée au fil des années. Plusieurs groupes israéliens actifs dans les colonies de Cisjordanie en ont déjà fait les frais, notamment Elbit Systems, exclu en 2009 pour sa participation à la barrière de séparation, et une poignée de sociétés de construction écartées plus récemment pour leur rôle dans l’implantation en territoire palestinien occupé.

Le passage à l’échelle d’un secteur entier marque toutefois une rupture. Les grandes banques israéliennes, Bank Hapoalim, Bank Leumi, Israel Discount Bank, Mizrahi Tefahot et First International Bank of Israel, concentrent l’essentiel du financement de l’économie du pays, y compris, pour certaines d’entre elles, des opérations liées aux colonies. Plusieurs d’entre elles figuraient déjà sur la base de données des Nations unies publiée en 2020 recensant les entreprises actives dans les colonies israéliennes.

Place financière de Tel-Aviv sous tension

Pour la Bourse de Tel-Aviv, l’onde de choc est d’abord symbolique. Le secteur bancaire israélien reste solide, soutenu par la Banque d’Israël, et affiche une rentabilité élevée. Mais la sortie d’un investisseur de référence comme NBIM ouvre la voie à un effet de mimétisme. Les fonds de pension néerlandais PFZW et ABP, le fonds souverain irlandais, ou encore plusieurs caisses de retraite publiques nordiques appliquent déjà des grilles éthiques comparables à celle d’Oslo et scrutent ses décisions pour calibrer les leurs.

Le précédent sud-africain reste dans toutes les mémoires. Dans les années 1980, le désengagement progressif des grands fonds universitaires et publics américains de l’économie du régime d’apartheid avait précédé, plus qu’il n’avait suivi, les sanctions diplomatiques. Les montants retirés étaient alors modestes rapportés à la capitalisation sud-africaine ; l’effet politique, lui, s’était révélé considérable.

Un enjeu diplomatique pour Oslo et pour la région

La décision place le gouvernement norvégien dans une position délicate. Oslo a reconnu l’État de Palestine en mai 2024, aux côtés de l’Irlande et de l’Espagne, et porte au Conseil de sécurité une ligne critique à l’égard des opérations militaires israéliennes. Un désinvestissement bancaire d’ampleur conforte ce positionnement, mais expose la Norvège à des représailles diplomatiques et commerciales, dans un pays où les exportations d’hydrocarbures restent un levier de puissance majeur.

Pour les capitales du Moyen-Orient, le signal est également scruté. Les fonds souverains du Golfe, en particulier ADIA, Mubadala et PIF, ont multiplié depuis les accords d’Abraham de 2020 les prises de participation croisées avec des acteurs israéliens de la tech et de la finance. Le ralentissement, voire la mise en pause de certains de ces rapprochements depuis octobre 2023, trouve dans la décision norvégienne un écho qui compliquera les discussions à venir sur la normalisation économique régionale.

Reste une inconnue : l’ampleur réelle du retrait, le calendrier retenu et la liste précise des établissements concernés. Autant d’éléments qui conditionneront la portée financière, au-delà de la portée politique, d’une décision déjà installée dans le paysage.

Pour aller plus loin

JPMorgan ouvrira une entité de banque d’investissement au Nigeria · OPay étudie une cotation à New York après une forte croissance · Côte d’Ivoire : le Trésor public bascule ses paiements de masse sur PI-SPI

Actualité africaine

About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

Be the first to comment on "Le fonds souverain norvégien se retire du capital des banques israéliennes"

Laisser un commentaire