La contestation d’Ousmane Sonko ne vient plus seulement de l’opposition. Elle émane désormais d’une fraction de ceux qui, hier encore, portaient le projet de rupture incarné par le leader de Pastef. Le collectif Élan Solidaire, qui se présente comme un rassemblement de jeunes et de femmes anciens militants du parti, a diffusé un communiqué réquisitoire contre le bilan de l’ancien Premier ministre sénégalais, en réaction à son récent point de presse. Le texte cible à la fois des choix budgétaires, un train de vie jugé contradictoire avec le discours de sobriété, et l’instrumentalisation supposée de la jeunesse.
Un procès du bilan social et fiscal à la primature
Le communiqué énumère plusieurs décisions prises sous la responsabilité d’Ousmane Sonko à la tête du gouvernement. Sont cités la suspension et la réduction des bourses de sécurité familiale, un dispositif de transferts monétaires qui touche les ménages les plus vulnérables, les retards dans le versement des bourses étudiantes et les retenues opérées sur les salaires des enseignants grévistes. À ces mesures s’ajoute un volet fiscal contesté : l’instauration d’une taxe de 1 % sur certaines transactions, ainsi qu’un relèvement de la pression sur les jeux, les paris sportifs et l’alcool.
Pour les signataires, l’incohérence tient à l’écart entre ces arbitrages et le discours de proximité tenu désormais par l’ancien chef du gouvernement. « Le Sénégal appartient à ses citoyens et non à un homme ou à un clan politique », écrit Élan Solidaire. Le collectif s’interroge également sur l’usage du Fonds d’appui au développement de la Casamance, soupçonné d’avoir servi à l’acquisition de véhicules, une allocation qui tranche avec la vocation de rattrapage économique de ce guichet destiné à la région méridionale.
Train de vie, avion présidentiel et comparaison avec Al Aminou Lo
Le second volet du texte porte sur la question de l’exemplarité. Les signataires reprochent à l’ancien Premier ministre une série de déplacements en jet privé vers Abou Dhabi, Istanbul et Pékin, et évoquent un recours à l’avion présidentiel pour un voyage en Italie qu’ils qualifient de politique. La comparaison est ouvertement dressée avec le chef du gouvernement actuel, Ahmadou Al Aminou Lo, nommé après le remaniement, et dont les récents déplacements en Guinée et en Côte d’Ivoire se seraient effectués sur des vols commerciaux.
L’opposition est frontale et politiquement calibrée. Elle vise à retourner contre Sonko le registre de la sobriété républicaine qu’il avait lui-même érigé en marqueur du projet Pastef durant la campagne de 2024. Au Sénégal comme ailleurs sur le continent, la question de l’usage des flottes présidentielles s’est imposée comme un indicateur sensible de la gouvernance : la Cour des comptes publie régulièrement, depuis la loi organique de 2012, des observations sur les dépenses de voyages officiels, un domaine traditionnellement opaque.
Un signal politique dans un contexte d’arbitrages budgétaires
Au-delà de la polémique, l’épisode se produit dans un moment particulier des finances publiques sénégalaises. Depuis le rapport d’audit publié par la Cour des comptes en février 2025, qui a conduit à une révision à la hausse du déficit budgétaire et de la dette, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye s’efforce de reprendre un dialogue avec le Fonds monétaire international. Le programme précédent, d’un montant d’environ 1,8 milliard de dollars, a été suspendu, et chaque dépense discrétionnaire est désormais scrutée. Dans ce contexte, les critiques sur les bourses sociales et sur les frais de déplacement acquièrent un poids politique inédit.
Le collectif revendique une posture de vigilance et prévient : « La rupture ne doit pas être un slogan. » L’avertissement est explicite lorsque le texte affirme que « l’épisode 2021 ne se répétera plus », en référence aux mobilisations qui avaient porté Pastef au pouvoir. En se détachant publiquement du leadership d’Ousmane Sonko tout en maintenant leur attachement au projet de transformation, les signataires illustrent une recomposition silencieuse à l’intérieur de la mouvance présidentielle, où la jeunesse militante refuse désormais de se laisser enrôler sans contrepartie.
Reste à mesurer l’audience réelle de ce collectif, dont la structure et la représentativité restent à documenter, et la réaction de l’entourage de l’ancien Premier ministre, qui n’a pas, à ce stade, apporté de réponse publique au communiqué.
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