La contrainte budgétaire qui pèse sur le Sénégal doit cesser d’être perçue comme une simple fatalité comptable. Telle est la thèse défendue par le financier Alassane Ly, qui appelle les pouvoirs publics à repenser la trajectoire des finances de l’État dakarois. Pour ce spécialiste, l’étroitesse des marges de manœuvre actuelle peut paradoxalement servir de catalyseur à des réformes structurelles longtemps repoussées. L’argument intervient dans un contexte où le gouvernement sénégalais multiplie les arbitrages délicats entre soutenabilité de la dette, investissements productifs et dépenses sociales.
Une orthodoxie budgétaire repensée comme moteur de souveraineté
Selon Alassane Ly, l’exercice ne consiste pas à subir mécaniquement les ratios imposés par les bailleurs et les marchés, mais à reprendre la main sur la définition des priorités. Le financier estime que la rigueur peut devenir un instrument de souveraineté économique dès lors qu’elle s’accompagne d’une stratégie claire de mobilisation des ressources internes. Cette approche suppose un élargissement de l’assiette fiscale, une meilleure efficience de la dépense publique et un ciblage plus fin des subventions. À ses yeux, la qualité de la dépense doit désormais primer sur son volume.
Le diagnostic posé par l’expert rejoint les préoccupations exprimées par plusieurs institutions financières quant à la trajectoire budgétaire sénégalaise. La part du service de la dette dans les recettes fiscales limite mécaniquement la capacité de l’État à financer les infrastructures, l’éducation ou la santé. Reste que cette équation, jugée contraignante, peut aussi imposer des choix plus disciplinés et plus transparents. Le financier insiste sur la nécessité de bâtir un consensus politique large autour de ces arbitrages, faute de quoi les ajustements demeureront cosmétiques.
Recettes internes, hydrocarbures et discipline de la dépense
L’analyse d’Alassane Ly met en avant plusieurs leviers susceptibles de transformer la contrainte en opportunité. Le premier réside dans l’optimisation des recettes fiscales, dans un pays où l’économie informelle conserve un poids considérable. Le second concerne la valorisation prudente des revenus issus des hydrocarbures, dont l’exploitation commerciale a débuté avec les projets Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim. Pour le financier, ces ressources nouvelles ne doivent pas être consommées immédiatement, mais réinvesties dans des secteurs productifs à fort effet d’entraînement.
Le troisième levier porte sur la gouvernance des entreprises publiques et la rationalisation des dépenses de fonctionnement. Plusieurs structures parapubliques pèsent sur les comptes de l’État sans démontrer une rentabilité claire, ce qui justifierait un audit approfondi de leur modèle économique. Par ailleurs, la maîtrise de la masse salariale publique demeure un enjeu sensible, mais incontournable selon les économistes proches de cette analyse. Concrètement, il s’agirait de réorienter les économies dégagées vers l’investissement productif plutôt que vers la consommation administrative.
Un message adressé aux nouvelles autorités de Dakar
La prise de position d’Alassane Ly trouve un écho particulier auprès de l’équipe gouvernementale issue de l’alternance politique de mars 2024. Le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de la souveraineté économique et de la transparence des finances publiques deux marqueurs de leur action. Dans le même temps, l’audit des comptes publics réalisé en 2024 a révélé un endettement plus élevé qu’annoncé sous la précédente administration, compliquant la relation avec le Fonds monétaire international (FMI) et les marchés obligataires.
Dans ce contexte, l’appel à transformer la contrainte en opportunité résonne comme un plaidoyer pour une rupture méthodologique. Le financier invite à abandonner la logique de gestion à court terme au profit d’un cadrage pluriannuel cohérent avec les ambitions de développement du pays. Cette approche supposerait une communication budgétaire plus pédagogique vis-à-vis des citoyens, des investisseurs et des partenaires techniques et financiers. La crédibilité de la signature souveraine sénégalaise sur les marchés régionaux et internationaux en dépend largement.
À l’horizon des prochains exercices budgétaires, l’enjeu sera de démontrer que l’ajustement ne se traduit pas par un renoncement aux ambitions de transformation structurelle. La capacité du Sénégal à concilier discipline financière et investissement stratégique constituera un test pour l’ensemble de la zone UEMOA. Selon Seneweb, Alassane Ly considère que cette équation, loin d’être insoluble, peut redéfinir la trajectoire économique du pays.
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