Cameroun : Nexttel prépare une relance face au duopole MTN-Orange

A dramatic monochrome image of a cell tower against a cloudy sky, emphasizing telecommunication infrastructure.Photo : Sonny Sixteen / Pexels

La téléphonie mobile camerounaise s’apprête à vivre un test de pluralisme. L’opérateur Nexttel, troisième licence mobile délivrée dans le pays et exploitée par Viettel Cameroun SA, prépare un retour offensif sur un marché où il n’est plus qu’une silhouette commerciale. Le projet est porté par l’homme d’affaires camerounais Baba Danpullo, actionnaire minoritaire de la société à hauteur de 30 %. L’annonce, rapportée début novembre 2026, intervient alors que MTN Cameroon et Orange Cameroun se partagent l’essentiel d’un marché de plus de 22 millions d’abonnés mobiles selon les données publiques de l’Agence de régulation des télécommunications (ART).

Un troisième opérateur camerounais marginalisé depuis plusieurs années

Lancée en septembre 2014 sous la marque Nexttel, la filiale camerounaise du groupe vietnamien Viettel avait bousculé le duopole historique en misant sur une couverture rurale agressive et des tarifs cassés. L’opérateur avait capté, en moins de deux ans, plusieurs millions de clients, atteignant selon les chiffres de l’ART un portefeuille supérieur à 4 millions d’abonnés à son pic. Cette dynamique s’est enrayée à partir de 2018 sur fond de différends persistants entre l’actionnaire camerounais et le partenaire vietnamien, détenteur majoritaire du capital via Viettel Global.

Le conflit, qui a donné lieu à plusieurs épisodes judiciaires, a progressivement grippé les décisions d’investissement. La modernisation du réseau, le déploiement de la 4G et la montée en gamme commerciale ont pris du retard, pendant que MTN et Orange basculaient leurs clients vers la data. Résultat : la part de marché de Nexttel est tombée sous la barre des 10 % d’abonnés actifs, selon les derniers observatoires sectoriels publiés par le régulateur camerounais, loin des ambitions affichées en 2014.

Un marché camerounais verrouillé et une bataille actionnariale à solder

La relance envisagée par Baba Danpullo intervient dans un environnement concurrentiel devenu plus hostile. MTN Cameroon et Orange Cameroun ont tous deux consolidé leurs réseaux 4G, étendu leurs offres de mobile money, l’un via MoMo, l’autre via Orange Money, et captent la quasi-totalité de la croissance des usages data. CAMTEL, l’opérateur historique public, s’est repositionné sur le mobile avec la marque Blue, gagnant du terrain sur les zones urbaines. L’espace laissé à un troisième entrant privé, même doté d’une licence mobile et d’une base d’abonnés résiduelle, s’est considérablement réduit.

Le précédent sous-régional le plus parlant est ivoirien. En Côte d’Ivoire, les tentatives successives de maintenir un troisième opérateur distinct de MTN et d’Orange se sont soldées par des recompositions brutales, Moov Africa parvenant à se maintenir grâce à l’adossement au groupe Maroc Telecom. Au Sénégal, l’arrivée d’Expresso puis sa reprise en 2024 par Axian ont montré qu’un troisième acteur n’est viable qu’avec un actionnaire industriel disposant de capacités d’investissement continues. Nexttel, à l’inverse, affiche depuis plusieurs exercices des tensions de trésorerie et une dette fournisseurs dont le montant n’a pas été publiquement consolidé.

Souveraineté télécom et rôle attendu du régulateur camerounais

La relance pose une question politique immédiate : celle de la souveraineté numérique camerounaise. Confier le redressement d’un opérateur sous licence nationale à un actionnaire minoritaire sans issue claire sur la gouvernance expose le dossier à un enlisement supplémentaire. L’ART, qui pilote le respect des obligations de couverture et de qualité de service, dispose d’un levier décisif : conditionner tout plan de relance à un calendrier d’investissements vérifiable, assorti de pénalités en cas de manquement.

Le gouvernement camerounais, qui a fait de la généralisation du haut débit un axe de sa Stratégie nationale de développement 2020-2030, a intérêt à ce qu’un troisième opérateur crédible subsiste. L’alternative serait l’absorption de fait de la base d’abonnés résiduelle par les deux leaders, avec un risque tarifaire pour les consommateurs et une perte de recettes fiscales liée à l’affaiblissement du secteur. Reste à savoir si Baba Danpullo parviendra à sécuriser un accord avec Viettel Global, à mobiliser les financements nécessaires et à convaincre Yaoundé que la relance de Nexttel n’est pas un simple round supplémentaire d’un contentieux actionnarial, mais un projet industriel.

Sur un marché camerounais estimé à plus de 700 milliards de FCFA de revenus télécoms annuels, la fenêtre reste ouverte. Elle est étroite.

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About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

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