En Côte d’Ivoire, la politique de déguerpissement menée par le district autonome d’Abidjan a franchi une nouvelle étape avec la destruction du quartier Zimbabwe, à Vridi-3. L’opération, déclenchée le mardi 2 juin, vise une emprise de 28 hectares occupée par une communauté de pêcheurs installée de longue date, à quelques encablures du port autonome d’Abidjan. Des milliers de résidents en ont été délogés en quelques heures, dans des conditions jugées brutales par les témoins. Cette nouvelle séquence intervient une dizaine de jours après le rasage de trois quartiers précaires de Cocody, la commune huppée du nord d’Abidjan.
Une opération de rétablissement de l’ordre urbain aux contours contestés
Les autorités locales présentent cette campagne comme une démarche de remise en ordre du tissu urbain de la capitale économique. La terminologie officielle, « opération de rétablissement de l’ordre urbain », traduit la volonté du district autonome de reprendre le contrôle d’espaces considérés comme occupés irrégulièrement. Le quartier Vridi-3, communément désigné sous le nom de Zimbabwe, figurait parmi les cibles prioritaires en raison de sa proximité immédiate avec les infrastructures portuaires et logistiques de la métropole.
Cette zone littorale concentre depuis plusieurs décennies une activité de pêche artisanale qui alimente une partie significative des marchés abidjanais. Le déguerpissement signifie donc, au-delà de la perte des logements, la disparition brutale d’un écosystème économique informel mais structurant pour des milliers de ménages. Les habitants disent n’avoir bénéficié ni de préavis suffisant, ni de mesures d’accompagnement crédibles avant l’arrivée des engins de démolition.
Une pression foncière croissante autour du port autonome
La localisation du quartier rasé n’est pas anodine. Le port autonome d’Abidjan demeure la principale porte d’entrée des flux commerciaux du pays et l’un des hubs maritimes majeurs du golfe de Guinée. Son extension continue, conjuguée à la montée en puissance des projets logistiques et industriels environnants, alimente une pression foncière soutenue sur les périphéries portuaires. Vridi, en particulier, fait l’objet depuis plusieurs années de convoitises pour des aménagements liés au commerce, à l’hydrocarbure et au tourisme balnéaire.
Dans cette équation, les occupations dites précaires apparaissent aux yeux des planificateurs comme un obstacle à la valorisation économique du littoral. La destruction du quartier Zimbabwe s’inscrit dans une logique de libération d’assiettes foncières stratégiques, mais elle expose les autorités à un risque réputationnel et social non négligeable. Les organisations de défense des droits humains avaient déjà alerté, lors des opérations précédentes, sur l’absence de relogement effectif des populations déplacées.
Un précédent à Cocody et une trajectoire qui interroge
L’épisode de Vridi-3 prolonge la dynamique enclenchée à Cocody, où trois poches d’habitat informel ont été démolies en l’espace de quelques jours. La répétition de ces interventions, à un rythme accéléré, suggère une feuille de route plus large du district autonome visant à reconfigurer la trame urbaine d’Abidjan avant l’échéance de plusieurs grands projets d’aménagement. Pour l’exécutif local, dirigé par le gouverneur Ibrahim Cissé Bacongo, l’enjeu consiste à concilier modernisation accélérée et gestion d’une métropole de plus de six millions d’habitants.
La question du sort réservé aux personnes déplacées reste pendante. Aucune solution structurée de relogement n’a été rendue publique pour les habitants du quartier Zimbabwe, alors que la saison des pluies abidjanaise approche, période durant laquelle les populations sans abri sont les plus exposées. Les associations locales redoutent par ailleurs un effet de report, avec la formation rapide d’autres zones d’habitat précaire en périphérie de la capitale.
Reste à savoir si cette séquence de déguerpissements marquera un tournant durable de la politique urbaine ivoirienne ou si elle débouchera, sous la pression sociale et internationale, sur une révision des méthodes. La trajectoire choisie par les autorités d’Abidjan dans les prochaines semaines pèsera lourd sur la perception du modèle de gouvernance métropolitaine défendu par Yamoussoukro. Selon RFI Afrique.
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