Alger et Riyad viennent de sceller un axe de concertation diplomatique couvrant l’ensemble des crises qui secouent le voisinage arabo-africain. Le mécanisme, arrêté au terme d’échanges bilatéraux de haut niveau, vise à harmoniser les positions des deux capitales sur le Moyen-Orient, le Sahel et la Libye. Il traduit un réchauffement notable entre l’Algérie et l’Arabie saoudite, deux acteurs dont les priorités régionales ont longtemps divergé.
L’initiative intervient dans une séquence où les recompositions diplomatiques se multiplient dans le monde arabe. La guerre à Gaza, l’instabilité persistante en Libye, l’effritement sécuritaire au Sahel et les tensions autour de la mer Rouge poussent les capitales arabes à réactiver des canaux bilatéraux qui étaient restés dormants. Pour Alger comme pour Riyad, la formalisation d’un cadre régulier de dialogue politique répond à un besoin de lisibilité stratégique.
Un rapprochement algéro-saoudien à contre-courant des divergences passées
La relation entre l’Algérie et le royaume saoudien a connu, ces dernières années, des périodes de refroidissement liées à des lectures opposées de plusieurs dossiers régionaux. La crise du Golfe de 2017, la gestion du conflit yéménite ou encore l’approche du dossier syrien avaient mis en évidence des écarts sensibles de doctrine diplomatique. Alger, attachée à sa tradition de non-alignement et à la primauté des solutions politiques, s’était souvent tenue à distance des initiatives menées par le bloc conduit par Riyad.
Le contexte a changé. La normalisation entre l’Arabie saoudite et l’Iran, parrainée par Pékin en mars 2023, a rebattu les cartes régionales et ouvert un espace pour des convergences nouvelles. Dans le même temps, la diplomatie algérienne, portée par son retour au Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2024-2025, cherche à consolider ses relais dans le monde arabe. Le mécanisme de concertation avec Riyad s’inscrit dans cette double dynamique.
Sahel, Libye, Palestine : les dossiers structurants de l’axe
Sur le Sahel, les deux pays partagent une inquiétude commune face à la désagrégation sécuritaire, à l’expansion des groupes armés et à la fragilisation des États. L’Algérie, qui partage près de 1 400 kilomètres de frontière avec le Mali, revendique un rôle historique dans la médiation régionale. Riyad, pour sa part, dispose d’outils financiers et d’un réseau d’influence religieuse qui peuvent compléter l’approche algérienne. La coordination annoncée ouvre la voie à des initiatives conjointes en matière de stabilisation et de développement.
Le dossier libyen constitue un autre point de convergence. Alger, qui a multiplié les rencontres avec les acteurs libyens et prône une solution intra-libyenne sans ingérence extérieure, trouve dans Riyad un partenaire susceptible de peser sur les équilibres internes. La perspective d’un axe algéro-saoudien pourrait contrebalancer l’influence d’autres puissances régionales très présentes sur le terrain libyen depuis 2011.
Reste le dossier palestinien, sur lequel les deux capitales affichent un discours convergent en faveur d’une solution à deux États et d’un cessez-le-feu durable à Gaza. La position algérienne, exprimée avec constance depuis le déclenchement du conflit en octobre 2023, rejoint celle défendue par Riyad dans les enceintes multilatérales. La concertation entre les deux États pourrait renforcer le poids arabe dans les négociations post-conflit.
Une diplomatie de niches convergentes
Au-delà des dossiers immédiats, l’axe algéro-saoudien répond à une logique de repositionnement dans un ordre régional en mutation. La montée en puissance des BRICS, à laquelle l’Algérie a candidaté et où Riyad a été invité à adhérer, offre un cadre supplémentaire de convergence. Les deux pays partagent également un intérêt pour la stabilisation des marchés énergétiques, l’Algérie étant un fournisseur gazier majeur et l’Arabie saoudite le premier exportateur mondial de brut.
Le mécanisme de concertation ne constitue pas une alliance formelle. Il traduit plutôt une volonté d’articulation régulière entre deux diplomaties qui entendent peser davantage dans les équilibres arabes et africains. Sa capacité à produire des positions communes sera scrutée dès les prochaines échéances multilatérales. Selon El Watan, cette dynamique bilatérale devrait s’étoffer par des rencontres régulières entre responsables des deux capitales.
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