Aziz Abu Sarah et Maoz Inon publient un manifeste israélo-palestinien

Explore the blend of ancient stone architecture and vibrant skyline in Jerusalem on a sunny day.Photo : Karolína Balogová / Pexels

Au cœur d’un Proche-Orient marqué par la guerre à Gaza et la fragmentation des espaces de dialogue, deux voix s’élèvent à contre-courant. Aziz Abu Sarah, militant palestinien originaire de Jérusalem-Est, et Maoz Inon, entrepreneur israélien, publient ensemble La paix est notre avenir aux éditions L’arbre qui marche. Codirigeants de l’organisation Inter Act International, ils inscrivent leur démarche dans une diplomatie citoyenne qui cherche à reconstruire des ponts là où les chancelleries peinent à produire un horizon politique.

Leur légitimité tient à un point commun tragique. Aziz Abu Sarah a perdu un frère durant la première intifada, à la fin des années 1980. Maoz Inon a perdu ses deux parents lors des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas dans le sud d’Israël. De ces deuils, séparés par plus de trois décennies, les deux auteurs tirent un même refus : celui de la vengeance comme matrice politique. L’ouvrage se présente moins comme un témoignage que comme un plaidoyer méthodique en faveur d’une issue négociée.

Un duo israélo-palestinien né du deuil

La rencontre entre les deux hommes intervient dans un contexte où la société civile israélo-palestinienne s’est largement délitée depuis l’échec des accords d’Oslo. Inter Act International, qu’ils codirigent, ambitionne de fédérer des initiatives transfrontalières associant militants, artistes, entrepreneurs et anciens responsables politiques. L’organisation s’appuie sur un postulat simple : aucune solution durable ne pourra être imposée par la seule diplomatie d’État tant qu’une masse critique de citoyens des deux camps ne portera pas l’idée d’une coexistence assumée.

Cette approche n’est pas isolée. Elle prolonge le travail mené depuis des années par le Parents Circle – Families Forum, qui réunit des familles israéliennes et palestiniennes endeuillées, ou par Combatants for Peace, fondé par d’anciens militaires et combattants. Mais l’écho médiatique d’Abu Sarah et Inon, notamment depuis leur intervention conjointe en 2024 lors d’une conférence TED, a déplacé le curseur. Le duo est devenu une figure visible du mouvement, sollicité dans les capitales européennes comme nord-américaines.

Sortir du cycle de la vengeance

Le propos de l’ouvrage articule récit personnel et analyse géopolitique. Les auteurs y décrivent comment la rhétorique de la représaille s’auto-alimente, justifiant à chaque cycle de violence une intensification militaire et un durcissement politique des deux côtés. Ils défendent l’idée que la sécurité d’Israël et l’autodétermination palestinienne ne sont pas antinomiques, mais conditionnées l’une à l’autre. Une lecture qui tranche avec les positions dominantes du gouvernement israélien actuel et des factions palestiniennes armées.

Reste que les deux militants ne minimisent pas l’ampleur de la fracture. La guerre à Gaza, déclenchée après le 7 octobre 2023, a fait des dizaines de milliers de victimes palestiniennes et détruit une grande partie des infrastructures de l’enclave. Côté israélien, le traumatisme des attaques du Hamas et la question des otages continuent de structurer le débat public. Les sondages réalisés depuis deux ans dans les deux populations témoignent d’une défiance mutuelle à un niveau historiquement élevé.

Une plaidoirie adressée à l’opinion internationale

Le choix d’une publication francophone n’est pas anodin. La France, qui accueille à la fois la plus importante communauté juive et la plus importante communauté musulmane d’Europe occidentale, demeure un théâtre sensible des répercussions du conflit. Paris a multiplié depuis 2023 les initiatives diplomatiques, jusqu’à la reconnaissance de l’État de Palestine annoncée par Emmanuel Macron en septembre 2025, dans le sillage de plusieurs partenaires européens.

Pour Abu Sarah et Inon, cette dynamique internationale doit s’adosser à un travail de fond sur les sociétés elles-mêmes. Ils appellent les diasporas, les organisations confessionnelles et les acteurs économiques à investir des projets concrets de coopération israélo-palestinienne, du tourisme à l’éducation. L’enjeu, soulignent-ils, est de faire émerger un récit alternatif crédible avant que la prochaine génération ne soit définitivement happée par la logique d’affrontement.

Le livre, par son ton et sa construction à deux voix, fait le pari que l’expérience intime du deuil peut nourrir une grammaire politique nouvelle. Un pari risqué, dans une région où les bâtisseurs de paix ont historiquement été marginalisés, voire pris pour cible. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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