Cameroun : la Chambre des comptes ne trace que 3% des subventions publiques

Aerial view of lush Yaoundé cityscape showcasing urban and green landscapes.Photo : K / Pexels

Au Cameroun, la reddition des comptes publics bute sur une opacité récurrente. Pour l’exercice budgétaire 2024, la Chambre des comptes de la Cour suprême n’a été en mesure de retracer que 3% de l’ensemble des subventions accordées par l’État aux entreprises publiques. Ce ratio, révélé dans son rapport sur l’exécution de la loi de finances, illustre l’ampleur du déficit d’information dont souffre le juge financier camerounais dans son travail de certification.

Un rapport qui met en cause la traçabilité des transferts publics

La juridiction financière, chargée du contrôle juridictionnel des comptes de l’État et des établissements publics, s’appuie sur les pièces justificatives que lui transmettent les ordonnateurs et les entités bénéficiaires. Or, sur le volume total des concours financiers accordés en 2024 au portefeuille public camerounais, seule une portion résiduelle a pu être rattachée à un bénéficiaire clairement identifié et à une exécution documentée. Les 97% restants demeurent, en pratique, hors du champ de vérification des magistrats financiers.

Ce chiffre n’est pas anecdotique. Il touche au cœur d’un enjeu structurel de gouvernance : la capacité de l’État à suivre l’usage des ressources qu’il transfère à ses démembrements. Sociétés d’État, établissements publics administratifs, entités à participation majoritaire ou stratégique bénéficient chaque année d’enveloppes conséquentes, présentées tantôt comme des subventions d’équilibre, tantôt comme des dotations d’investissement ou des compensations tarifaires.

Un portefeuille public sous tension budgétaire

Le secteur parapublic camerounais compte plusieurs dizaines d’entreprises intervenant dans des filières stratégiques : énergie, hydrocarbures, transports, télécommunications, agro-industrie, eau. Beaucoup dépendent structurellement du soutien financier de l’État pour assurer leur exploitation courante ou honorer leurs échéances, à l’image de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), de la Camair-Co ou encore de la Sonara, dont les difficultés financières font régulièrement l’objet d’arbitrages au sommet de l’État.

Dans un contexte de tension sur les finances publiques, marqué par la nécessité de contenir le déficit budgétaire sous les seuils convenus avec le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme en cours, la maîtrise du canal des subventions devient un impératif de politique publique. Le programme économique et financier appuyé par Washington insiste précisément sur la transparence des flux entre le Trésor et les entités publiques, condition d’un pilotage crédible de la trajectoire de consolidation.

Le constat de la Chambre des comptes intervient alors même que Yaoundé s’est engagé, au titre des réformes de gestion des finances publiques, à renforcer la remontée d’informations comptables depuis les entreprises publiques. La création, en 2017, d’une direction dédiée au suivi du portefeuille de l’État au sein du ministère des Finances devait précisément outiller cette supervision. Les résultats tardent à se matérialiser.

Un enjeu de souveraineté budgétaire

Au-delà du seul exercice comptable, l’incapacité à documenter la destination et l’usage effectif de la quasi-totalité des subventions publiques fragilise plusieurs chantiers stratégiques. Elle limite la portée du débat parlementaire sur la loi de règlement, ampute la Cour suprême de sa fonction d’alerte, et prive les bailleurs de fonds multilatéraux, au premier rang desquels la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), d’une base fiable pour dimensionner leurs appuis budgétaires.

Pour les investisseurs privés, notamment ceux engagés dans des partenariats public-privé ou des contrats de concession avec des entités publiques camerounaises, cette opacité constitue un facteur de risque additionnel. La qualité de la signature souveraine se mesure aussi à la robustesse du dispositif de contrôle interne des transferts budgétaires. Reste que la Chambre des comptes, en publiant ce constat, exerce sa fonction de vigie et pose publiquement une exigence de mise en conformité.

Le message adressé à l’exécutif est clair : sans amélioration substantielle de la remontée d’informations, la certification des comptes de l’État demeurera un exercice partiel. Concrètement, cela suppose la généralisation d’un référentiel comptable homogène pour les entreprises publiques, la fiabilisation des systèmes d’information budgétaire et l’application effective des sanctions prévues à l’encontre des dirigeants défaillants. Selon Financial Afrik.

Pour aller plus loin

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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