Sodecoton : Afriland sollicite la BEAC pour une huilerie à 20 milliards

Industrial textile factory with yarn production line showcasing automated machinery for efficient manufacturing.Photo : RAJESH KUMAR VERMA / Pexels

Le projet d’huilerie que la Société de développement du coton (Sodecoton) entend ériger à Ngaoundéré, capitale de la région camerounaise de l’Adamaoua, pourrait bénéficier d’un appui décisif de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Selon des informations issues du géant agro-industriel des trois régions septentrionales du Cameroun, Afriland First Bank, chef de file pressenti du financement, a saisi l’institut d’émission des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). L’objectif consiste à activer un mécanisme de refinancement spécifique aux crédits productifs à moyen terme, condition indispensable au bouclage financier d’une infrastructure évaluée à 20 milliards de FCFA.

Un guichet spécial réservé aux investissements productifs

Le dispositif sollicité, baptisé désormais guichet spécial de refinancement et anciennement connu sous l’appellation guichet B, encadre strictement l’intervention de la banque centrale. Les règles plafonnent la part refinancée à 60 % du coût total du projet soumis. Sur cette base, la contribution maximale de la BEAC en faveur du consortium bancaire conduit par Afriland s’établirait autour de 12 milliards de FCFA, le reste devant être mobilisé sur fonds propres bancaires ou auprès d’autres partenaires financiers. Le montage reste subordonné à la validation technique du comité compétent au sein de l’institut d’émission sous-régional.

Cet instrument, opérationnel depuis les années 1990, est demeuré paradoxalement marginal dans le paysage bancaire de la zone Cemac, qui regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la Centrafrique. La situation a conduit la BEAC à orchestrer en juin 2025 une session de sensibilisation à Bangui, réunissant l’ensemble des établissements de crédit de la sous-région. Le constat dressé à cette occasion par la gouvernance de la banque centrale a souligné l’ampleur de la méconnaissance du dispositif par les professionnels du secteur.

Au mois de juin 2025, nous avons réuni toutes les banques à Bangui et nous avons fait la présentation du guichet B, qui a vocation à financer des projets productifs. Le constat était amer : les banques ont totalement méconnu l’existence de cet instrument. Nous avons dressé un état des lieux de ce guichet sur trois ans. Il n’y a que deux banques au Cameroun qui ont porté deux projets financés via le guichet B.

Ces propos du gouverneur Yvon Sana Bangui, tenus le 29 septembre 2025 à Yaoundé lors de la conférence de clôture de la troisième session du Comité de politique monétaire, traduisent la volonté de la banque centrale de transformer un outil dormant en véritable courroie de transmission vers l’économie réelle. La rareté des opérations enregistrées sur trois exercices consécutifs illustrait l’écart entre la doctrine monétaire affichée et la pratique des établissements de la place.

Un effet d’entraînement déjà visible en 2025

L’effort pédagogique de la BEAC a rapidement produit des résultats tangibles. Au cours de la seule année 2025, l’institut d’émission a validé le refinancement de 41,2 milliards de FCFA de crédits accordés par cinq banques locales en faveur du projet d’exploitation du gisement de fer de Bipindi-Grand-Zambi, dans le sud du Cameroun. Dans la foulée, 31,3 milliards de FCFA de prêts bancaires destinés au programme d’investissement de l’opérateur historique Camtel ont également été éligibles au mécanisme. CCA Bank, autre acteur camerounais, a pour sa part été autorisée à lever 30 milliards de FCFA auprès de la banque centrale pour contribuer au financement d’un projet minier au Congo voisin.

L’institut d’émission ne cache pas son ambition d’élargir encore le périmètre de ses interventions. La réhabilitation de la Société nationale de raffinage (Sonara), dont les installations de Limbé ont été ravagées par un incendie en 2019, figure parmi les dossiers stratégiques que la BEAC entend accompagner. La banque centrale a engagé sa propre démarche en direction des autorités camerounaises pour présenter les modalités d’un soutien éventuel à hauteur du plafond réglementaire de 60 %.

Une montée en puissance industrielle pour le septentrion

Pour la Sodecoton, l’aboutissement du tour de table conditionne une étape clé de diversification industrielle. La construction d’une nouvelle unité de trituration à Ngaoundéré renforcerait la valorisation locale de la graine de coton et consoliderait la position du groupe sur le marché des huiles alimentaires camerounais. L’opération illustre aussi le repositionnement progressif d’Afriland First Bank sur les financements structurés de longue durée, segment où la profondeur du marché bancaire de la Cemac reste limitée. Selon Investir au Cameroun, le dossier est désormais entre les mains de la banque centrale sous-régionale.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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