Le Parlement éthiopien a reconduit lundi Abiy Ahmed au poste de Premier ministre, prolongeant ainsi le mandat du chef du gouvernement à la tête de la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique. Le vote, acquis dans l’enceinte de la Chambre des représentants des peuples, scelle la continuité d’une trajectoire politique entamée en 2018 et confirme la domination sans partage du Parti de la prospérité sur la scène institutionnelle éthiopienne.
Arrivé au pouvoir à la faveur d’une vague de contestation populaire, l’ancien officier du renseignement avait d’abord incarné l’espoir d’une transition démocratique et d’une réconciliation régionale. Sa décision d’ouvrir le dialogue avec l’Érythrée voisine lui avait valu le Nobel de la paix dès l’année suivante. Six ans plus tard, le bilan apparaît plus contrasté, marqué par une guerre meurtrière au Tigré, des affrontements récurrents dans la région Amhara et des tensions renouvelées avec Asmara.
Un pouvoir consolidé malgré les crises sécuritaires
La reconduction d’Abiy Ahmed intervient dans un environnement intérieur sous pression. Les opérations militaires menées contre les milices Fano en pays amhara mobilisent toujours une partie des forces fédérales, tandis que la région Oromia continue d’être le théâtre d’opérations contre l’Armée de libération oromo. Ces fronts simultanés absorbent des ressources budgétaires considérables et compliquent l’agenda de réformes économiques porté par Addis-Abeba depuis 2019.
Sur le plan institutionnel, le vote parlementaire ne surprend guère. Le Parti de la prospérité, formation issue de la refonte de l’ex-coalition au pouvoir, dispose d’une majorité écrasante au sein de la Chambre basse à la suite des élections générales de 2021. L’opposition structurée demeure marginale, plusieurs formations ayant boycotté le scrutin ou vu leurs dirigeants écartés du jeu électoral. Cette architecture politique offre au Premier ministre une marge de manœuvre rare sur le continent pour poursuivre son programme.
Agenda économique et libéralisation en toile de fond
Au cœur des priorités affichées par le chef du gouvernement figure la poursuite d’une libéralisation économique inédite dans l’histoire récente du pays. L’ouverture du secteur bancaire aux capitaux étrangers, votée en 2024, et l’attribution de licences télécoms à des opérateurs internationaux, dont le consortium Safaricom, ont déjà modifié en profondeur l’écosystème des affaires. La privatisation partielle d’Ethio Telecom, longtemps monopole d’État, s’inscrit dans la même logique.
Ces réformes s’accompagnent de l’adoption d’un régime de change flottant pour le birr, négocié avec le Fonds monétaire international dans le cadre d’un programme de financement. La dévaluation qui en a résulté a nourri une inflation sensible, affectant le pouvoir d’achat des ménages urbains. Addis-Abeba parie néanmoins sur un rebond des investissements directs étrangers pour relancer une croissance encore pénalisée par la dette extérieure et par le renchérissement du service des emprunts libellés en devises.
La question de l’accès à la mer, dossier diplomatique explosif
Sur la scène régionale, l’ambition d’obtenir un accès souverain à la mer Rouge continue de structurer la diplomatie éthiopienne. Le mémorandum d’entente signé début 2024 avec le Somaliland, prévoyant la mise à disposition d’un segment littoral en échange d’une reconnaissance diplomatique, a provoqué une crise ouverte avec Mogadiscio et une recomposition inattendue des alliances dans la Corne de l’Afrique. L’Égypte et l’Érythrée ont saisi l’occasion pour resserrer leurs liens avec la Somalie, encerclant diplomatiquement Addis-Abeba.
Le dossier du Grand barrage de la Renaissance, dont les derniers travaux ont été finalisés, demeure par ailleurs une source de friction permanente avec Le Caire et Khartoum. Pour le chef du gouvernement reconduit, la gestion de ces contentieux hydrauliques et maritimes conditionnera largement la perception internationale de son second cycle à la tête de l’exécutif. Reste à voir si cette reconduction suffira à stabiliser durablement un pays dont les équilibres ethniques et fédéraux restent fragiles. Selon PressAfrik, le Parlement éthiopien a confirmé lundi Abiy Ahmed dans ses fonctions pour un nouveau mandat.
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