El Malick Ndiaye démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale

A lively street scene in Dakar, Senegal, with a crowd celebrating and waving flags.Photo : Felipe Esono Nguema / Pexels

La démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal rebat les cartes au sommet de l’État. Figure montante du parti Pastef et proche du tandem au pouvoir, l’intéressé quitte le perchoir dans un contexte de fortes tensions internes, alors que son nom était associé à la deuxième institution de la République depuis les législatives anticipées qui avaient consolidé la majorité présidentielle. Sa décision, dont les motifs précis n’ont pas été détaillés publiquement, intervient à un moment où la coalition au pouvoir entend resserrer ses rangs autour de l’exécutif.

Une démission qui rebat les cartes au perchoir

El Malick Ndiaye, jusqu’ici considéré comme l’un des cadres les plus actifs de la nouvelle génération Pastef, avait été porté à la tête de l’Hémicycle après la large victoire du parti aux dernières législatives. Son départ du perchoir laisse un vide symbolique fort, tant la présidence de l’Assemblée constitue le deuxième poste protocolaire du pays, immédiatement après celui de chef de l’État. Dans l’ordre constitutionnel sénégalais, ce poste joue un rôle clé en matière de continuité institutionnelle et d’équilibre des pouvoirs.

Le scénario désormais évoqué, à savoir l’accession d’Ousmane Sonko au perchoir, soulève des questions de droit constitutionnel inédites. Premier ministre depuis la formation du gouvernement par le président Bassirou Diomaye Faye, le leader de Pastef cumulerait, dans cette hypothèse, des responsabilités gouvernementales et parlementaires difficilement compatibles en l’état du droit. Le débat porte autant sur la séparation des pouvoirs que sur la lecture politique d’un tel mouvement, qui consacrerait l’omniprésence de Sonko dans l’architecture institutionnelle.

Ousmane Sonko en pivot du nouveau dispositif

Le maire de Ziguinchor concentre depuis plusieurs mois l’essentiel du capital politique de la coalition au pouvoir. Son passage éventuel de la Primature au perchoir traduirait une volonté de verrouiller le calendrier législatif et de sécuriser la mise en œuvre du programme de rupture porté par le tandem exécutif. Reste que ce mouvement bouleverserait la lecture traditionnelle des équilibres institutionnels au Sénégal, pays habitué à une césure plus nette entre les fonctions gouvernementales et parlementaires.

Plusieurs observateurs à Dakar parlent déjà d’une « crise institutionnelle majeure », évoquant le risque d’un face-à-face entre la présidence de la République et un perchoir occupé par le chef du gouvernement sortant. L’opposition, affaiblie depuis les législatives anticipées, n’a pas manqué de relever les contradictions qui pourraient émerger d’une telle architecture, notamment en matière de contrôle parlementaire de l’action gouvernementale.

Quelles implications pour la gouvernance sénégalaise

Sur le plan économique et diplomatique, la séquence intervient à un moment sensible. Le Sénégal négocie d’importants programmes avec ses partenaires financiers, après la révélation par les nouvelles autorités de chiffres budgétaires révisés concernant la dette et le déficit hérités du régime précédent. Une période de flottement institutionnel pourrait peser sur le calendrier des réformes budgétaires et sur la perception du risque par les investisseurs, à un moment où Dakar entend tirer pleinement parti de l’entrée en production des champs gaziers et pétroliers.

La diplomatie sénégalaise, traditionnellement perçue comme un point d’équilibre en Afrique de l’Ouest, observe également avec attention ces évolutions. Les partenaires de la sous-région, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suivent de près la capacité de Dakar à maintenir la prévisibilité institutionnelle qui fait sa réputation depuis l’indépendance.

Le successeur effectif d’El Malick Ndiaye devra être désigné par les députés selon la procédure prévue par le règlement intérieur de l’Assemblée. Au-delà des noms, c’est la cohérence du dispositif institutionnel mis en place par la nouvelle majorité qui se trouve désormais sous le regard des opinions publiques et des chancelleries. La séquence qui s’ouvre dira si Pastef parvient à transformer sa domination électorale en gouvernance stabilisée. Selon Africtelegraph.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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