Le Gabon étudie une technologie canadienne de traçabilité fiscale

Flat lay of tax essentials with calculator, notebook, and stamps on a green background.Photo : Nataliya Vaitkevich / Pexels

Le Gabon explore une nouvelle piste technologique pour reprendre la main sur ses recettes fiscales. Le 11 juin 2026 à Libreville, Hermann Immongault, vice-président du gouvernement, a reçu une délégation de Canadian Bank Note Company (CBN), spécialiste mondial de l’impression sécurisée et des solutions d’identification. Au cœur des échanges : un dispositif de timbres d’accises hautement sécurisés, conçu pour tracer en temps réel les marchandises soumises à taxation et neutraliser les circuits parallèles qui érodent les finances publiques.

L’enjeu est loin d’être marginal. Dans la plupart des États d’Afrique centrale, les pertes liées à la fraude sur les produits taxés — tabacs, alcools, boissons, parfois carburants — se chiffrent en dizaines de milliards de francs CFA chaque année. Pour Libreville, qui cherche à consolider ses recettes hors pétrole, sécuriser cette assiette représente un levier budgétaire de premier plan.

Une technologie de traçabilité pensée pour les administrations fiscales

Fondée en 1897 et basée à Ottawa, Canadian Bank Note Company figure parmi les acteurs historiques de l’impression fiduciaire et des documents d’identité. Le groupe canadien a élargi son portefeuille aux solutions de traçabilité fiscale destinées aux régies, en réponse à la montée en puissance de la fraude transfrontalière. Sa proposition repose sur des timbres dotés de marqueurs physiques et numériques uniques, lisibles par smartphone et reliés à une plateforme centralisée de suivi.

Concrètement, chaque produit mis sur le marché reçoit un identifiant infalsifiable, vérifiable à toutes les étapes de la chaîne — du conditionnement à la vente au détail. L’administration fiscale dispose ainsi d’un tableau de bord exhaustif des volumes effectivement déclarés, tandis que les agents de contrôle peuvent authentifier un article en quelques secondes sur le terrain. Le consommateur, lui, peut s’assurer qu’il n’achète pas un produit contrefait, dont la composition échappe à toute norme sanitaire.

Cette logique de track and trace n’est pas une nouveauté sur le continent. Le Kenya, le Maroc, le Ghana, la Tanzanie ou l’Ouganda ont déjà déployé des dispositifs comparables, souvent avec des résultats probants sur les recettes d’accises. En Afrique de l’Est, certaines administrations ont enregistré des hausses de collecte de l’ordre de 30 à 50 % dans les filières concernées, dès la première année de mise en œuvre.

Un signal stratégique pour la diversification budgétaire du Gabon

Pour le gouvernement gabonais, l’intérêt manifesté à l’égard de l’offre canadienne s’inscrit dans une feuille de route plus large. Depuis la transition politique, les autorités multiplient les annonces sur la mobilisation des ressources internes, l’élargissement de l’assiette fiscale et la lutte contre les pratiques d’évitement. La dépendance historique aux hydrocarbures et au manganèse expose le budget de l’État à la volatilité des cours mondiaux ; renforcer la fiscalité indirecte sur les produits de consommation courante constitue donc un coussin recherché.

L’audience accordée par Hermann Immongault témoigne d’une volonté politique d’examiner sérieusement le dossier. Reste à arbitrer les modalités : marché public, partenariat public-privé, calendrier de déploiement, articulation avec les opérateurs économiques nationaux et les chambres consulaires. Les industriels du tabac et des boissons, premiers concernés, sont en général invités à participer au financement du dispositif, le coût du timbre étant répercuté sur la chaîne de valeur.

Souveraineté numérique et dépendance technologique

L’adoption d’une telle solution pose aussi la question de la souveraineté des données. Confier à un prestataire étranger la cartographie en temps réel d’un pan entier de la consommation nationale impose des garde-fous contractuels stricts : hébergement local des serveurs, transfert progressif de compétences, audit indépendant du code. Plusieurs pays africains ont, par le passé, contesté en justice les contrats signés avec des fournisseurs internationaux de traçabilité, jugés trop déséquilibrés.

Pour Libreville, la négociation à venir devra concilier rapidité de mise en œuvre — la fraude n’attend pas — et préservation d’une marge de manœuvre stratégique. Le choix d’un partenaire comme Canadian Bank Note Company, déjà présent dans plusieurs administrations africaines, peut faciliter le démarrage opérationnel. Il devra néanmoins s’accompagner d’une montée en compétences des cadres gabonais de la Direction générale des impôts et de la Direction générale des douanes et droits indirects. Selon Gabon Review, les discussions techniques se poursuivront dans les prochaines semaines.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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