Au Gabon, l’ancien ministre de l’Économie et des Participations Charles Mba effectue son retour aux affaires. Le président de la transition Brice Clotaire Oligui Nguema l’a installé à la tête du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), véhicule souverain chargé de gérer les participations publiques et de financer les projets structurants du pays. La décision intervient près d’un an après son éviction du gouvernement, période durant laquelle l’intéressé était resté en retrait du jeu institutionnel.
Cette nomination scelle le retour en grâce d’une figure connue des cercles économiques de Libreville. Charles Mba avait piloté les finances publiques durant les premiers mois de la transition ouverte par le coup d’État du 30 août 2023, avant de céder son portefeuille lors d’un remaniement. Son recyclage à la direction du FGIS témoigne de la volonté du chef de l’État de conserver dans son orbite des cadres rompus aux dossiers financiers sensibles, à un moment où le Gabon prépare la sortie formelle de sa transition.
Le FGIS, levier souverain de la transition gabonaise
Créé en 2012 sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, le FGIS s’est imposé comme l’outil central de gestion patrimoniale de l’État gabonais. Le fonds détient des participations dans les hydrocarbures, les mines, les télécommunications, l’agro-industrie et les infrastructures portuaires. Sa direction donne un accès direct aux dossiers les plus stratégiques, qu’il s’agisse de la renégociation des contrats pétroliers, du développement de la filière manganèse ou des projets d’investissement dans la zone économique spéciale de Nkok.
En confiant cette structure à un ancien ministre des Finances, Brice Oligui Nguema poursuit le mouvement de réalignement entamé depuis la chute du régime Bongo. Plusieurs entités parapubliques ont vu leurs équipes dirigeantes renouvelées au profit de profils jugés loyaux ou techniquement compétents. Le FGIS, qui pèse plusieurs centaines de milliards de francs CFA d’actifs sous gestion, n’échappe pas à cette logique de réappropriation politique des leviers économiques.
Charles Mba hérite d’une institution dont les comptes ont parfois suscité interrogations sous l’ancien régime. La gouvernance du fonds, ses procédures d’arbitrage et la lisibilité de ses placements figurent parmi les chantiers attendus. Le nouveau directeur devra composer avec une attente forte de transparence, alors que les bailleurs internationaux et les agences de notation scrutent la trajectoire budgétaire d’un pays dont la dette publique flirte avec les 70 % du PIB.
Une trajectoire politique qui interroge la cohérence des choix présidentiels
Le retour de Charles Mba n’est pas anodin sur le plan politique. Son départ du gouvernement avait alimenté les spéculations sur une mise à l’écart durable, certains observateurs évoquant des frictions au sein de l’exécutif. Sa réintégration, à un poste moins exposé médiatiquement mais hautement stratégique, illustre une pratique constante de la gouvernance gabonaise : recycler les cadres plutôt que de les écarter définitivement. Ce schéma, hérité des décennies Bongo, semble perdurer sous la transition.
Cette continuité dans les méthodes interroge alors que le pays s’apprête à tourner la page de la transition militaire. Brice Oligui Nguema, élu en avril 2025 à la présidence pour un mandat de sept ans, avait fait de la rupture avec les pratiques de l’ancien système un argument central. Le maintien dans le premier cercle de figures issues du sérail dilue toutefois cette promesse de renouvellement, sans pour autant la contredire frontalement.
Un test pour la souveraineté économique gabonaise
Au-delà du destin individuel de Charles Mba, sa prise de fonction à la tête du FGIS aura valeur de test. Le Gabon doit relancer une économie minée par la chute des recettes pétrolières et la concurrence accrue sur le manganèse, dont il est le deuxième producteur mondial. La diversification productive, maintes fois annoncée, reste à concrétiser. Le fonds souverain en sera un acteur clé, qu’il s’agisse d’arbitrer des prises de participation ou d’orienter les ressources vers des secteurs créateurs d’emplois.
Reste à observer la marge de manœuvre réelle dont disposera le nouveau directeur face aux arbitrages présidentiels. Dans un système où les décisions économiques majeures remontent invariablement au sommet de l’État, l’autonomie opérationnelle du FGIS demeure une variable politique. Selon Info 241, la nomination a été formalisée par décret présidentiel.
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