Gaza : des journalistes palestiniens torturés dans les geôles israéliennes

Police officer escorting a handcuffed prisoner through a dimly lit jail corridor.Photo : Ron Lach / Pexels

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Le sort réservé aux journalistes palestiniens détenus par Israël occupe de nouveau le devant de la scène diplomatique. Plusieurs organisations internationales, dont Reporters sans frontières (RSF) et des agences des Nations unies, ont documenté ces derniers mois un ensemble de pratiques attribuées aux forces israéliennes dans le cadre du conflit à Gaza : détentions arbitraires, mauvais traitements, sévices physiques et psychologiques. Le dossier prend une résonance particulière à Paris, où le ministre des Affaires étrangères a annoncé avoir saisi la justice française à propos des conditions imposées aux ressortissants de la flottille humanitaire interceptée la semaine dernière en Méditerranée.

Une flottille humanitaire à l’origine d’une crise diplomatique

L’arraisonnement, par la marine israélienne, des navires civils qui tentaient d’acheminer une aide vers la bande de Gaza a déclenché une vague de protestations dans plusieurs capitales européennes. Les passagers, parmi lesquels figuraient des élus, des militants et des journalistes, ont rapporté avoir subi des violences durant leur détention avant expulsion. La saisine du parquet par le Quai d’Orsay constitue un signal politique fort, alors que la diplomatie française cherche depuis des mois à concilier soutien à la sécurité d’Israël et exigence de respect du droit international humanitaire.

Au-delà de l’épisode maritime, c’est l’ensemble du dispositif carcéral israélien appliqué aux Palestiniens qui se trouve sous le feu des critiques. Plusieurs rapports onusiens publiés depuis l’automne 2023 décrivent un recours systématique à la détention administrative, mécanisme permettant d’incarcérer sans inculpation ni procès pour des durées renouvelables. Le nombre de Palestiniens concernés a atteint des niveaux inédits depuis la seconde Intifada, selon les organisations de défense des droits humains.

Le métier de journaliste comme facteur aggravant

Dans une enquête publiée récemment, Reporters sans frontières affirme que les professionnels de l’information arrêtés à Gaza ou en Cisjordanie ont fait l’objet d’un traitement spécifique, plus dur que celui infligé aux autres détenus. Plusieurs reporters libérés témoignent d’interrogatoires axés sur leurs sources, leurs publications et leurs liens présumés avec les groupes armés. L’ONG documente des coups répétés, des privations de sommeil, des positions de stress prolongées et, dans certains cas, des sévices que les rapporteurs onusiens qualifient sans détour de torture.

Selon RSF, l’exercice du métier expose en lui-même les détenus à un surcroît de brutalité. La logique paraît s’inscrire dans la continuité d’une campagne d’attrition qui a coûté la vie à plus de deux cents journalistes palestiniens depuis le début des opérations militaires à Gaza, selon les décomptes recoupés par les organisations professionnelles. Cette saignée constitue le bilan le plus lourd jamais enregistré pour la profession dans un conflit contemporain.

Les autorités israéliennes contestent ces accusations et rappellent que les opérations menées dans l’enclave visent les infrastructures du Hamas, mouvement classé organisation terroriste par plusieurs États occidentaux. Tel-Aviv soutient également que les détenus bénéficient des garanties prévues par son ordre juridique interne, y compris dans le cadre des dispositifs d’urgence hérités de la période mandataire.

Une bataille juridique et diplomatique qui s’élargit

Les pressions sur Israël s’intensifient sur plusieurs fronts. La Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale poursuivent leurs procédures respectives, tandis que des juridictions nationales, en Europe notamment, s’emparent de cas individuels. La saisine annoncée par le ministère français des Affaires étrangères pourrait ouvrir la voie à des enquêtes pénales sur le traitement réservé à des citoyens français lors de l’interception de la flottille.

Pour les organisations de défense de la liberté de la presse, l’enjeu dépasse le cas gazaoui. La question est désormais de savoir si la communauté internationale dispose des leviers juridiques nécessaires pour faire respecter la protection des journalistes en zone de conflit, principe pourtant consacré par la résolution 2222 du Conseil de sécurité adoptée en 2015. À Gaza, le coût humain payé par la profession et l’opacité entourant le sort des reporters incarcérés posent une question brûlante : celle de la capacité du droit humanitaire à s’appliquer dans un théâtre d’opérations où l’accès des observateurs reste verrouillé.

Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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