Dans le bassin arachidier sénégalais, la campagne de commercialisation 2024-2025 vire à la fronde paysanne. À Kaolack, capitale historique de la filière, des producteurs sont montés au créneau pour dénoncer les dysfonctionnements qui plombent la collecte des graines et exiger des comptes sur la gestion de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER). Leurs revendications, conjuguant détresse économique et exigence de transparence, placent l’exécutif face à un dossier politiquement sensible.
Une campagne arachidière sous tension à Kaolack
La région de Kaolack concentre une part déterminante de la production nationale d’arachide, pilier historique de l’économie rurale sénégalaise. Or, les organisations paysannes locales dressent un constat sévère sur le déroulement de la campagne en cours. Retards d’ouverture des points de collecte, prix d’achat jugés insuffisants au regard des coûts de production, faiblesse des financements publics destinés à la SONACOS et difficultés d’accès aux intrants alimentent un climat de défiance.
Pour les producteurs, le manque à gagner se chiffre en revenus différés et en endettement aggravé. La filière arachidière, qui irrigue plusieurs centaines de milliers de ménages dans le bassin centre, constitue un thermomètre social autant qu’économique. Toute crispation sur les prix au producteur ou sur les délais de paiement se traduit rapidement par des tensions dans les communes rurales du Saloum.
Les paysans interpellent directement les autorités centrales et réclament des mesures correctives immédiates. Au-delà du calendrier de campagne, ils questionnent la stratégie de l’État vis-à-vis d’une filière dont la modernisation est annoncée depuis des années sans traduction concrète sur le terrain. Le ton employé tranche avec la prudence habituelle des organisations de base, signe d’une exaspération qui dépasse la conjoncture saisonnière.
L’affaire ASER, un dossier qui dépasse la sphère technique
À ces griefs agricoles se greffe un second front, devenu un marqueur politique : l’affaire de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale. Le dossier, qui agite la scène publique depuis plusieurs mois, porte sur la passation de marchés d’électrification rurale dont les contours financiers et juridiques sont contestés. Des voix issues de la société civile, de l’opposition et désormais du monde paysan exigent un audit indépendant et exhaustif.
L’irruption des producteurs de Kaolack dans ce débat illustre la convergence entre revendications économiques et exigence de gouvernance. Pour ces acteurs ruraux, l’électrification des villages reste un levier décisif de productivité agricole et de transformation locale. Tout soupçon de mauvaise gestion sur les fonds destinés à équiper les zones de production est perçu comme une atteinte directe aux conditions de vie en milieu rural.
Les paysans réclament la publication intégrale des contrats, l’identification des responsabilités et, le cas échéant, des sanctions. Cette demande s’inscrit dans la promesse de rupture portée par les autorités issues du scrutin de mars 2024, qui ont fait de la reddition des comptes un axe central de leur communication politique. L’enjeu, pour l’exécutif, est de démontrer que cette ambition s’applique aussi aux dossiers hérités, sans calcul partisan.
Un test politique pour le nouveau pouvoir
Le rapprochement des deux dossiers, campagne arachidière et ASER, n’est pas anodin. Il traduit la lecture politique que les organisations paysannes font de leur propre situation : l’absence de soutien adéquat à la filière serait, à leurs yeux, le symptôme d’une gestion publique défaillante dont l’électrification rurale offrirait un autre exemple. Le pouvoir issu de l’alternance se trouve ainsi sommé d’aligner les actes sur le discours.
La réponse attendue se joue sur plusieurs plans. Sur le terrain agricole, les producteurs attendent un relèvement du prix au kilogramme, un déblocage rapide des financements destinés aux opérateurs agréés et une remise à plat des circuits de commercialisation parallèles qui captent une partie de la production au profit d’acheteurs étrangers. Sur le terrain de la gouvernance, l’ouverture d’un audit formel sur l’ASER constituerait un signal politique fort.
Reste que la marge de manœuvre budgétaire de l’État sénégalais est étroite, dans un contexte de renégociation avec les bailleurs et de réajustement des dépenses publiques. Concilier les attentes sociales du bassin arachidier et la rigueur financière imposée par la situation des comptes publics constitue l’un des arbitrages les plus délicats des prochaines semaines. Selon Dakaractu, les paysans entendent maintenir la pression jusqu’à l’ouverture effective d’un audit.
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