Le Zimbabwe veut imposer le raffinage local du lithium aux Chinois

Aerial view of a large, barren open-pit mine featuring machinery and textured soil layers.Photo : Mike van Schoonderwalt / Pexels

Le Zimbabwe ne veut plus se contenter d’exporter sa roche brute. Quatrième producteur mondial de lithium, le pays d’Afrique australe affiche désormais l’ambition de remonter la chaîne de valeur d’un métal devenu stratégique pour la transition énergétique mondiale. Au cœur de la manœuvre : obliger les industriels chinois, qui dominent l’essentiel du secteur extractif local, à installer des unités de raffinage sur le territoire. L’enjeu dépasse la fiscalité minière. Il touche à la place du continent dans la course aux batteries et aux véhicules électriques.

Un sous-sol convoité, une rente largement captée par Pékin

L’ascension fulgurante du Zimbabwe sur le marché du lithium doit presque tout aux investissements chinois. Depuis 2021, des groupes comme Zhejiang Huayou Cobalt, Sinomine Resource Group ou Chengxin Lithium ont engagé plusieurs milliards de dollars pour racheter et développer les principaux gisements du pays, parmi lesquels Arcadia, Bikita ou Sabi Star. Ces opérations ont permis à Harare de devenir, en quelques années seulement, l’un des poids lourds mondiaux du minerai blanc, derrière l’Australie, le Chili et la Chine elle-même.

Reste que la majeure partie du concentré extrait quitte le pays sous une forme semi-traitée, à destination d’usines situées en Chine. La valeur ajoutée la plus rémunératrice, celle du carbonate ou de l’hydroxyde de lithium destiné aux cathodes de batteries, échappe largement aux finances publiques zimbabwéennes. Pour un État confronté à une dette extérieure lourde et à une inflation chronique, la frustration s’est installée. Les autorités estiment que la rente minière, telle qu’elle est aujourd’hui structurée, ne compense ni les nuisances environnementales ni l’épuisement progressif des réserves.

Raffiner sur place : le pari de la souveraineté industrielle

Harare a déjà interdit, dès 2022, l’exportation de minerai brut non transformé. Le gouvernement souhaite désormais aller plus loin, en imposant la construction d’unités de raffinage capables de produire du lithium de qualité batterie directement sur le sol national. Plusieurs concessions, accordées ces dernières années à des opérateurs chinois, contenaient déjà cet engagement, sans calendrier contraignant. Les nouvelles règles envisagées par l’exécutif zimbabwéen viseraient à transformer ces promesses en obligations assorties de sanctions.

Cette inflexion s’inscrit dans une tendance africaine plus large. La République démocratique du Congo, premier producteur mondial de cobalt, le Botswana et la Namibie multiplient les dispositifs pour conserver une part croissante de la transformation minérale. La Zambie et la RDC ont même signé en 2022 un protocole pour développer conjointement une filière batterie. Pour les capitales concernées, il s’agit de ne pas répéter le scénario du pétrole ou du cacao, où les ressources brutes ont longtemps été exportées sans bénéfice industriel notable.

Un bras de fer délicat avec un partenaire incontournable

La marge de manœuvre de Harare reste néanmoins étroite. La Chine concentre près de 70 % des capacités mondiales de raffinage du lithium et reste un débouché commercial vital pour le Zimbabwe. Les groupes chinois disposent par ailleurs d’un savoir-faire technique et d’un accès au financement qu’aucun autre investisseur n’est aujourd’hui en mesure de proposer à des conditions équivalentes. Imposer un raffinage local suppose donc de bâtir, dans un temps contraint, des infrastructures énergétiques et logistiques que le pays peine encore à fournir, notamment en matière d’électricité stable.

Le contexte diplomatique complique encore l’équation. Sous sanctions américaines et européennes depuis le début des années 2000, le pouvoir zimbabwéen dispose de peu d’alternatives crédibles à la relation avec Pékin. Les fonds chinois ont aussi financé des infrastructures publiques sensibles, du Parlement à plusieurs barrages. Tout durcissement réglementaire à l’égard des miniers devra composer avec ces interdépendances. Plusieurs analystes soulignent qu’un compromis pourrait émerger, mêlant calendrier progressif de mise en conformité, incitations fiscales pour la construction d’usines de raffinage et clauses de transfert de technologie.

Pour Harare, l’objectif politique est clair : démontrer que le Zimbabwe peut tirer parti de la demande mondiale de métaux critiques sans se réduire à un simple comptoir minier. L’issue de cette confrontation feutrée avec les industriels chinois sera scrutée bien au-delà de l’Afrique australe, à l’heure où la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en lithium devient un sujet de souveraineté pour les économies industrialisées. Selon Le Monde Afrique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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