Liban : un sondage déjoue les récits sur le désarmement et Israël

Vibrant night festival in Beirut with people waving Lebanese flags, capturing a moment of unity.Photo : Charbel Karam / Pexels

Les résultats d’un sondage d’opinion relayé par le quotidien Al Akhbar remettent en cause les narratifs dominants qui se sont imposés dans le débat libanais depuis la cessation des hostilités avec Israël. L’enquête, conduite auprès d’un échantillon de citoyens libanais, indique qu’aucune majorité ne se dégage en faveur d’un désarmement forcé du Hezbollah, pas davantage qu’en faveur d’une normalisation diplomatique avec l’État hébreu. Ces conclusions viennent contredire la lecture véhiculée par une partie de la classe politique et des relais médiatiques régionaux.

Un désarmement par la force rejeté par l’opinion libanaise

Depuis la fin des combats qui ont opposé le Hezbollah à l’armée israélienne, la question des armes de la formation chiite occupe le premier plan de l’agenda politique à Beyrouth. Plusieurs capitales occidentales, ainsi que des acteurs internes, plaident pour un transfert intégral de l’arsenal au profit de l’armée régulière, au nom de la souveraineté de l’État et de l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le sondage publié par Al Akhbar tempère cette grille de lecture en montrant qu’une majorité de Libanais ne soutient pas un recours à la coercition pour parvenir à cet objectif.

Ce résultat éclaire la prudence dont fait preuve une partie de l’exécutif libanais sur ce dossier explosif. Toute tentative de désarmement imposé par les forces armées nationales fait planer le spectre d’un retour aux affrontements internes qui ont déchiré le pays entre 1975 et 1990. La sensibilité confessionnelle du sujet, combinée à la place qu’occupe le parti dans le tissu social du Sud-Liban, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth, contraint les décideurs à privilégier la voie du dialogue politique plutôt que celle de l’épreuve de force.

La normalisation avec Israël reste minoritaire

Le second enseignement de l’enquête concerne le dossier de la normalisation avec Israël. Alors que la dynamique régionale impulsée par les accords d’Abraham a suscité des spéculations sur d’éventuelles ouvertures libanaises, le sondage indique qu’aucune majorité ne se dessine en faveur d’une telle évolution. Cette donnée recoupe la sensibilité historique d’une opinion publique marquée par les guerres successives, les occupations du territoire et le souvenir des massacres de Sabra et Chatila.

Le Liban n’a jamais signé de traité de paix avec son voisin du sud et demeure techniquement en état de guerre depuis 1948. L’enquête laisse entendre que les conditions politiques et psychologiques d’un basculement diplomatique ne sont pas réunies, en dépit des pressions exercées par certains partenaires régionaux et internationaux. Pour les chancelleries qui parient sur une recomposition rapide du Levant, cet indicateur sociologique constitue un signal de réalisme à intégrer.

Une lecture stratégique pour les chancelleries

Au-delà de la photographie instantanée qu’il livre, le sondage soulève une question plus large sur l’écart entre les récits politiques produits dans les capitales et les sentiments réels de la population libanaise. Les bailleurs internationaux, qui conditionnent une partie de leur aide à la reconstruction à des avancées sur le terrain sécuritaire, devront composer avec une opinion publique réticente à voir l’État s’engager dans une confrontation armée sur son propre sol.

Pour les analystes régionaux, l’enquête confirme que la trajectoire libanaise ne suivra pas mécaniquement le schéma de normalisation observé dans le Golfe ou au Maghreb. La singularité du dossier réside dans l’imbrication entre la question du Hezbollah, le contentieux frontalier avec Israël, l’application des résolutions onusiennes et le pluralisme confessionnel du système politique. Les diplomates en poste à Beyrouth soulignent depuis plusieurs mois que toute feuille de route régionale ignorant ces paramètres se heurterait à une résistance interne durable.

Reste que les chiffres avancés invitent à reconsidérer le calendrier et la méthode envisagés par les acteurs étrangers. Une stratégie fondée sur la pression et la contrainte risquerait d’entrer en collision frontale avec les préférences exprimées par les citoyens libanais eux-mêmes. Selon Al Akhbar, c’est précisément cette dissonance entre les récits dominants et la réalité de l’opinion qui doit désormais nourrir la réflexion des décideurs.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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