Le Ghana accueille un nouveau convoi de migrants expulsés des États-Unis

A vibrant cityscape of Accra, showcasing modern architecture and bustling streets.Photo : Prince Enos / Pexels

Le Ghana a réceptionné, jeudi 28 mai, un nouveau groupe de migrants ouest-africains expulsés des États-Unis dans le cadre de l’accord migratoire conclu entre Accra et Washington. L’avion, arrivé à l’aéroport international Kotoka de la capitale ghanéenne, transportait plusieurs ressortissants déclarés indésirables par les autorités américaines. Le nombre exact des personnes débarquées n’a pas été communiqué officiellement. Cette nouvelle livraison fait suite à un premier transfert opéré l’an dernier, qui avait vu 42 migrants africains acheminés vers le territoire ghanéen selon le même dispositif.

Un accord bilatéral aux contours encore opaques

L’arrangement migratoire liant le gouvernement ghanéen à l’administration américaine n’a jamais fait l’objet d’une publication intégrale. Ses modalités précises, les contreparties financières éventuelles et la durée d’application restent largement méconnues du grand public et même d’une partie de la classe politique locale. Officiellement, Accra a accepté de recevoir non seulement ses propres nationaux frappés par une mesure d’éloignement, mais également des ressortissants d’autres pays d’Afrique de l’Ouest qui ne peuvent être renvoyés directement chez eux. Ce mécanisme positionne de fait le Ghana en plateforme de réacheminement régional, statut inédit sur le continent.

Le contexte américain pèse lourdement sur la cadence des expulsions. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a considérablement durci sa politique d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. Plusieurs pays africains ont été sollicités pour recevoir des migrants qui ne sont pas leurs nationaux, avec un succès variable. Le Rwanda et l’Eswatini ont conclu des arrangements similaires, mais la formule ghanéenne se distingue par sa dimension explicitement régionale ouest-africaine.

Un rôle régional qui interroge à Accra

Le choix du président John Dramani Mahama de poursuivre cette coopération suscite un débat feutré mais réel au sein de l’opinion ghanéenne. Plusieurs voix de la société civile s’interrogent sur la capacité du pays à assurer un accueil digne, ainsi que sur les garanties juridiques offertes aux personnes débarquées. Une fois sur place, ces migrants doivent en théorie être pris en charge puis réacheminés vers leur pays d’origine, qu’il s’agisse du Nigeria, du Mali, de la Gambie ou du Liberia. Or, ces transferts secondaires posent des questions sensibles en matière de respect du principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit international des réfugiés.

Pour Washington, l’intérêt stratégique du dispositif est manifeste. L’administration américaine se heurte régulièrement au refus de certains États africains d’accueillir leurs propres ressortissants, ce qui bloque mécaniquement les procédures d’expulsion. Disposer d’un partenaire ouest-africain coopératif lève cet obstacle et accélère le rythme des renvois. La Cedeao, dont le Ghana est membre fondateur, n’a pour l’heure pas pris position publiquement sur ce mécanisme qui contourne pourtant les logiques classiques de coopération consulaire bilatérale entre Washington et chaque capitale concernée.

Une contrepartie diplomatique implicite

Reste la question des compensations. Aucun chiffre officiel n’a été rendu public concernant un éventuel soutien financier, militaire ou commercial américain accordé en échange de la coopération ghanéenne. Plusieurs observateurs estiment toutefois que l’accord s’inscrit dans une recomposition plus large des relations entre Accra et Washington, marquée par une intensification des échanges sécuritaires sur le Golfe de Guinée et par la volonté américaine de contrer l’influence russe et chinoise en Afrique de l’Ouest. La capacité du Ghana à monétiser diplomatiquement son rôle de plateforme migratoire pourrait s’avérer déterminante dans les mois à venir.

Concrètement, les autorités ghanéennes devront aussi rendre des comptes sur le sort des migrants débarqués depuis le premier convoi de 2025. Les organisations de défense des droits humains réclament un suivi transparent, incluant le nombre exact de personnes transférées, leur nationalité et leur situation administrative actuelle. À défaut, le risque est de voir le pays s’enfermer dans un dispositif perçu comme une sous-traitance de la politique migratoire américaine. Selon RFI Afrique, l’effectif précis du groupe arrivé le 28 mai n’avait pas encore été dévoilé par les autorités à la date de la dépêche.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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