La Knesset franchit une étape vers la dissolution du Parlement

View of Jerusalem streets with historic buildings and palm trees under a clear blue sky.Photo : George 🦅 / Pexels

La perspective d’une dissolution de la Knesset s’est rapprochée d’un cran. Une commission parlementaire israélienne a validé un projet de loi visant à mettre fin de manière anticipée à la mandature en cours, étape procédurale décisive avant l’examen du texte en séance plénière. L’initiative survient alors que la coalition au pouvoir, dirigée par le Premier ministre Benyamin Netanyahu, traverse l’une de ses phases les plus turbulentes depuis sa reconduction fin 2022.

Le vote en commission n’emporte pas, à lui seul, dissolution effective du Parlement. Il s’agit d’un feu vert préparatoire, qui autorise la poursuite du processus législatif. Pour aboutir, la mesure devra franchir trois lectures à la Knesset et réunir une majorité absolue. Reste que la portée politique du signal est immédiate : elle officialise l’hypothèse d’élections anticipées dans le calendrier israélien.

Une coalition Netanyahu sous tension permanente

Depuis plusieurs mois, le gouvernement israélien est fragilisé par des fractures internes portant sur la conscription des ultra-orthodoxes, la conduite de la guerre à Gaza et les modalités d’un accord sur les otages encore détenus par le Hamas. Les partis religieux Shas et Judaïsme unifié de la Torah, piliers de la majorité, ont à plusieurs reprises menacé de quitter l’attelage gouvernemental en l’absence d’un texte sanctuarisant les exemptions militaires de leurs fidèles.

La validation par la commission du projet de dissolution traduit, à cet égard, la capacité de l’opposition à exploiter ces lignes de fracture. En obtenant la mise à l’ordre du jour d’une telle initiative, les formations adverses cherchent à acculer Benyamin Netanyahu et à éprouver la discipline de ses partenaires de coalition. La séquence rappelle les épisodes de 2019 à 2022, durant lesquels Israël avait enchaîné cinq scrutins législatifs en moins de quatre ans.

Un calendrier législatif à hauts risques

La procédure de dissolution obéit à un cheminement strict. Après l’aval de la commission, le texte doit être soumis à la plénière pour une lecture préliminaire, puis renvoyé en commission avant les deuxième et troisième lectures finales. Chaque étape constitue une fenêtre de négociation, voire de retrait, si la coalition parvient à recoller les morceaux. L’expérience récente montre toutefois que ces compromis de dernière minute sont devenus plus coûteux politiquement.

Concrètement, si le texte allait à son terme, des élections générales seraient organisées dans un délai compris entre quatre-vingt-dix et cent cinquante jours. Ce scénario rouvrirait un cycle électoral dans un contexte sécuritaire toujours marqué par les opérations à Gaza, les tensions au Liban-Sud avec le Hezbollah et la confrontation indirecte avec l’Iran. Les sondages publiés par la presse israélienne au cours des derniers mois donnent régulièrement le Likoud en recul face à la formation de l’ancien ministre Benny Gantz et à celle de Yaïr Lapid.

Implications régionales et diplomatiques

Au-delà de la scène intérieure, l’éventualité d’élections anticipées en Israël aurait des répercussions sur les dossiers régionaux suivis de près par les chancelleries arabes et occidentales. Les négociations indirectes sur les otages, les pourparlers de normalisation avec Riyad évoqués avant le 7 octobre 2023, et la coordination avec Washington sur le dossier iranien pourraient être suspendus à la formation d’un nouvel exécutif. Les capitales du Golfe, en particulier, observent avec attention la trajectoire de la coalition actuelle, jugée plus rigide que ses prédécesseurs sur la question palestinienne.

Pour Benyamin Netanyahu, l’enjeu personnel n’est pas moindre. Toujours visé par plusieurs procédures judiciaires pour corruption, le Premier ministre tire de la longévité de sa coalition une partie de sa capacité de résistance institutionnelle. Une dissolution effective le placerait dans la position délicate d’un chef de gouvernement sortant, contraint de rouvrir une campagne sur fond de guerre prolongée et de contestation persistante d’une partie de la société israélienne.

La séquence ouverte par le vote en commission n’engage donc pas seulement le devenir d’une législature. Elle redessine, par anticipation, les marges de manœuvre de l’exécutif israélien sur des dossiers à forte résonance régionale. Selon Al Akhbar, la commission de la Knesset a formellement approuvé le projet de loi relatif à la dissolution du Parlement.

Pour aller plus loin

Gaza : Netanyahu étend le contrôle militaire israélien à 70% du territoire · Cisjordanie : Israël lance les appels d’offres du projet de colonie E1 · Liban : Israël menace d’étendre ses frappes à l’ensemble du territoire

Actualité africaine

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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