Madagascar : les ministres de la Refondation devant les députés

View of the iconic Jatiyo Sangsad Bhaban in Dhaka with people and lawn.Photo : Sayeed Chowdhury / Pexels

L’épreuve est venue tôt pour l’équipe formée par le pouvoir de transition. Convoqués vendredi 29 mai à Tsimbazaza, les ministres du gouvernement de la Refondation ont essuyé près de quatre heures d’interpellations sur les dossiers qui empoisonnent le quotidien des Malgaches. La séance, retransmise et suivie de près à Antananarivo, avait valeur de test politique pour un exécutif encore peu connu du grand public.

Une première confrontation parlementaire à haute tension

Les questions des députés ont d’abord porté sur les coupures d’eau et d’électricité, devenues le symptôme le plus visible de la crise des services publics dans la capitale et plusieurs chefs-lieux de province. La Jirama, compagnie nationale d’eau et d’électricité au bord de l’asphyxie financière, a concentré une large part des reproches. Les élus ont pressé le ministère de tutelle d’exposer un calendrier crédible de remise à niveau, sans se contenter d’annonces générales.

La sécurité a constitué le second front. Plusieurs parlementaires, notamment ceux issus des circonscriptions rurales du Sud, ont décrit une recrudescence des attaques de dahalo, ces bandes de voleurs de zébus qui prospèrent dans les zones enclavées. La justice n’a pas été épargnée : la lenteur des procédures, la surpopulation carcérale et le sentiment d’impunité ont alimenté des échanges parfois vifs. Reste que la majorité des ministres présents s’en est tenue à un registre prudent, soucieuse de ne pas hypothéquer le climat politique à quelques jours d’une étape jugée déterminante.

La concertation nationale en ligne de mire

Cet exercice de redevabilité intervient en effet à cinq jours du lancement officiel de la concertation nationale, que les autorités présentent comme la pierre angulaire de la Refondation. L’agenda est resserré et la séquence parlementaire de vendredi n’a pas été choisie au hasard. Pour le pouvoir, il s’agissait d’envoyer un signal d’ouverture institutionnelle avant d’engager un dialogue plus large avec les forces politiques, la société civile, les confessions religieuses et les partenaires extérieurs.

Le format même de la concertation reste cependant source d’interrogations. Sa portée, la liste des participants conviés et le degré de contrainte de ses conclusions n’ont pas encore été entièrement précisés. Plusieurs députés ont profité de la séance pour réclamer un cadrage plus net, soulignant que la légitimité du processus dépendra de l’inclusivité réelle des débats. Dans le même temps, certaines formations d’opposition ont déjà fait connaître leurs réserves, redoutant un exercice piloté de bout en bout par l’exécutif.

Un exécutif sous double contrainte économique et sociale

Au-delà du rituel parlementaire, c’est la capacité du gouvernement à délivrer des résultats tangibles qui se joue. Madagascar reste l’une des économies les plus fragiles de l’océan Indien, avec un revenu par habitant parmi les plus bas du continent et une dépendance forte à l’aide extérieure. Le coût de la vie, l’inflation des produits importés et la rareté du carburant dans certaines régions pèsent lourdement sur les ménages. Toute promesse non suivie d’effets se paiera vite en termes de crédibilité.

Les bailleurs internationaux, Banque mondiale et Fonds monétaire international en tête, surveillent par ailleurs les arbitrages budgétaires en préparation. La question des subventions à la Jirama et au secteur des hydrocarbures, régulièrement pointée par les institutions de Bretton Woods, reviendra inévitablement dans les semaines qui viennent. Concrètement, l’équipe en place dispose d’une fenêtre étroite pour conjuguer apaisement politique, réformes structurelles et amélioration visible des services de base.

La séance de vendredi laisse entrevoir un Parlement décidé à exercer son rôle de contrôle, même dans une période de transition où l’exécutif concentre l’essentiel des leviers. Les prochaines semaines diront si la concertation nationale parvient à transformer cette ouverture parlementaire en un dialogue politique plus structurant, ou si elle restera cantonnée à un exercice de mise en scène. Selon RFI Afrique.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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