Liban : le ministre de la Culture alerte sur les sites archéologiques menacés

Discover the majestic ancient ruins of Baalbek, Lebanon, showcasing historical architecture.Photo : Alexander Popovkin / Pexels

Les sites archéologiques du Liban sont placés sous une menace que les autorités qualifient désormais ouvertement de critique. Le ministre libanais de la Culture a déclaré que les principaux ensembles patrimoniaux du pays courent un « danger sérieux », formule pesée qui marque une rupture avec la communication rassurante observée ces dernières années. L’avertissement, formulé depuis Beyrouth, s’inscrit dans un contexte de fragilités multiples, où l’État peine à mobiliser les ressources nécessaires à la protection d’un héritage classé parmi les plus denses du bassin méditerranéen oriental.

Du littoral phénicien aux vestiges romains de la Békaa, le Liban concentre un patrimoine inscrit pour partie sur la liste de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Baalbek, Tyr, Byblos et Anjar figurent parmi les sites les plus exposés aux risques structurels, qu’il s’agisse de dégradation matérielle, de vulnérabilité face aux tensions militaires régionales ou d’absence de plans de conservation actualisés. La déclaration ministérielle, sobre dans sa formulation, n’en constitue pas moins un signal politique adressé aux bailleurs internationaux et aux instances onusiennes.

Un patrimoine exposé aux ondes de choc régionales

La guerre conduite par Israël contre le Hezbollah au sud du Liban, à l’automne 2024, avait déjà fait redouter des dommages collatéraux sur plusieurs zones archéologiques sensibles. Tyr, ville inscrite au patrimoine mondial depuis 1984, avait été frappée à proximité immédiate de ses vestiges antiques. Les images de bombardements près des colonnes romaines avaient suscité des protestations diplomatiques et une alerte formelle de l’UNESCO, qui avait activé son mécanisme de protection renforcée. Plus d’un an après le cessez-le-feu, les effets cumulés des frappes, des secousses sismiques héritées et de l’absence d’entretien continuent de fragiliser la pierre.

Au-delà des dégâts visibles, la menace s’étend à des sites moins médiatisés mais stratégiques pour la lecture historique de la région. Les tells de la plaine de la Békaa, les nécropoles côtières et les forteresses croisées du Nord souffrent d’un déficit chronique de gardiennage. Concrètement, la Direction générale des antiquités du Liban dispose d’effectifs réduits et d’un budget contraint depuis l’effondrement financier de 2019, qui a divisé la valeur de la livre libanaise par plus de quarante.

Une administration culturelle à bout de souffle

Le ministère de la Culture compose avec des marges budgétaires étroites, dans un pays où la priorité gouvernementale demeure la reconstruction des zones bombardées et le rétablissement des services de base. La protection du patrimoine apparaît, dans cet arbitrage, comme une dépense différable, alors même qu’elle conditionne une part significative du potentiel touristique national. Avant la crise, le tourisme représentait près de 20 % du produit intérieur brut libanais ; le secteur peine aujourd’hui à retrouver ses niveaux d’avant 2019.

Plusieurs partenaires étrangers ont financé ces dernières années des opérations de sauvegarde ciblées, à l’image de la coopération italienne à Tyr ou des missions archéologiques françaises à Sidon. Reste que ces interventions, ponctuelles, ne se substituent pas à une politique publique de conservation. Les professionnels du secteur réclament un plan pluriannuel, assorti d’un fonds dédié, capable de répondre aux risques identifiés par les inventaires d’urgence menés depuis 2020.

Une diplomatie patrimoniale à reconstruire

L’alerte du ministre intervient à un moment où Beyrouth tente de réactiver ses canaux diplomatiques avec l’UNESCO et la Banque mondiale. La reconnaissance officielle d’un « danger sérieux » pourrait ouvrir la voie à un classement de plusieurs ensembles sur la liste du patrimoine mondial en péril, statut qui mobilise des financements internationaux mais comporte aussi un coût symbolique pour l’image du pays. L’arbitrage politique reste à trancher au sein du gouvernement libanais.

Par ailleurs, la question de la coordination interministérielle se pose avec acuité. La protection des sites suppose une articulation fine entre la Culture, la Défense, l’Intérieur et les municipalités, dont les ressources varient considérablement d’une région à l’autre. Sans gouvernance consolidée, les efforts de sauvegarde risquent de demeurer fragmentés. Selon Al Akhbar, le ministre a appelé à une mobilisation nationale et internationale pour préserver ce qui constitue, au-delà du territoire libanais, un patrimoine commun de l’humanité.

Pour aller plus loin

Liban : le mufti Deryan face à un recours devant le Conseil d’État · Gaza : des journalistes palestiniens torturés dans les geôles israéliennes · Washington hausse le ton contre Oman, médiateur régional fragilisé

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Liban : le ministre de la Culture alerte sur les sites archéologiques menacés"

Laisser un commentaire